Sous l'étoile de la liberté de Sylvain Tesson

Sous l'étoile de la liberté de Sylvain Tesson

Catégorie(s) : Arts, loisir, vie pratique => Voyages et géographie

Critiqué par Grossel, le 12 décembre 2006 (Inscrit le 7 février 2006, 77 ans)
La note : 10 étoiles
Visites : 3 094  (depuis Novembre 2007)

Hommages aux évadés du goulag et du laogai

Je me suis intéressé à ces deux livres parce que j’avais accueilli au Revest, quelques semaines après la décision des maires de Toulon-Provence-Méditerranée de ne pas reconduire Les 4 Saisons du Revest dans leur mission de programmation de La Maison des Comoni, le « spectacle » : Qui ne travaille pas ne mange pas, consacré au goulag et plus précisément au théâtre dans les goulags, spectacle mis en scène par Judith Depaule, accueilli 2 fois, les 9 et 10 novembre 2004, au lieu des 5 que j’avais programmées, sur décision de TPM que ce spectacle dérangeait, va savoir pourquoi. Donc, censure sur un titre et un sujet.
Sylvain Tesson est parti sur les traces des évadés du goulag, en mai 2003, depuis un goulag en ruine des environs de Yakoutsk, sur les traces de Slavomir Rawicz,qui a raconté son évasion dans un livre contesté : À marche forcée. De la Sibérie à l’Inde, soit 6000 kilomètres en 8 mois, à travers 7 milieux naturels, dans le lit de la Lena et sur la rive orientale du Baïkal (taïga), en Mongolie (steppe), dans le désert de Gobi, au Tibet, à travers l’Himalaya, au Népal, enfin en Inde, jusqu’au mouroir de Calcutta.
Épopée triplement réussie :
- en réussissant à pied, à cheval, à bicyclette, cettte évasion symbolique et réelle, Sylvain Tesson montre que « n’est impossible que ce qui n’a pas été tenté », rend hommage à tous les évadés du goulag soviétique (cosaques, moines bouddhistes, vieux-croyants, « ennemis du peuple »,…) et du laogai chinois ( moines bouddhistes, nomades mongols, « punis » divers,…), rend justice à Slavomir Rawicz, mort en 2004 en Angleterre et resté silencieux depuis la parution de son livre en 1956,
- en sortant de l’oubli ces évadés, paradoxe, il s’est aussi trouvé lui-même car confronté à la solitude dans des paysages grandioses, sublimes, il a puisé dans ses ressources (physiques, intellectuelles, morales, humaines) pour aller au bout de l’évasion des autres , favorisant ainsi son invasion par ce qui était authentiquement lui-même,
- en notant chaque soir sur les pages de ses carnets en riz népalais, ses souvenirs de la journée, il a accumulé les matériaux de deux livres, complémentaires, fort bien écrits et illustrés de photos de Thomas Goisque.
L’axe du loup doit son titre aux caractéristiques du loup, animal emblématique des nomades mongols ayant su s’adapter aux steppes et aussi au fait que les chemins des évadés, fuyant le goulag et tout contact par peur d’être dénoncés, poursuivis, allaient du nord au sud, contrevenant à presque tous les déplacements historiques survenus en Eurasie qui allaient d’est en ouest ou d’ouest en est, cheminements donc de dissidence, de résistance, chemins de la liberté, non tracés mais inventés au jour le jour, le soleil couchant devant se trouver à la droite des évadés, seul repère en l’absence de cartes.
Sous l’étoile de la liberté est plutôt un album de cette épopée, passionnant par les courts textes et photos l’illustrant. Sylvain Tesson nous renvoie à des désirs enfouis : le nomadisme est en nous, il a été premier et plus durable que la sédentarisation ; le recours aux forêts selon une expression d’un livre d’Ernst Jünger : Traité du rebelle, Walden, ou La vie dans les bois de David Henri Thoreau sont pour un certain nombre de gens en rupture de ban des livres essentiels ; on pourrait citer certains romans de Jack London aussi. Sylvain Tesson est un wanderer, pas soucieux seulement d’exploits physiques mais aussi de cheminement intérieur par un contact complexe avec la nature.
Je me suis intéressé aussi à ces deux livres parce que sachant que Sylvain Tesson avait suivi la rive orientale du Baïkal jusqu’à Oulan-Oudé, je voulais savoir s’il avait rencontré le mémorial édifié à Baklany au Baïkal par le Molodiojny Théâtre en hommage à notre fils. Ayant rencontré Sylvain Tesson à la Fête du livre de Toulon en novembre 2006, il m’a dit en avoir entendu parler mais n’y être pas passé, ayant rencontré par contre les artistes du Molodiojny. Sans doute, lors d’un prochain voyage au Baïkal, ira-t-il jusqu’à Baklany.
Dans le même esprit, on lira Siberia de Philippe Sauve aux Presses de la Renaissance.
Et pour ce qui est du cheminement intérieur, on lira de Sylvain Tesson : Petit traité sur l’immensité du monde. On escaladera de nuit, en toute illégalité, les cathédrales les plus célèbres (une seule lui a résisté), on s’installera pour quelques jours avec son hamac dans des hêtres à 30 mètres au-dessus du sol. Bref, on frissonnera, on s’élancera en pensée.

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Les éditions

  • Sous l'étoile de la liberté [Texte imprimé], six mille kilomètres à travers l'Eurasie sauvage Sylvain Tesson photographies de Thomas Goisque
    de Tesson, Sylvain Goisque, Thomas (Illustrateur)
    Arthaud / BEAUX LIVRES AR
    ISBN : 9782700396294 ; EUR 40,00 ; 31/08/2005 ; 168 p. ; Relié
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