Sartre, roman de Michel-Antoine Burnier, Michel Contat

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Jules, le 6 novembre 2006 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 74 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 4 étoiles (40 892ème position).
Visites : 1 948  (depuis Novembre 2007)

Un personnage hors du commun !

Le titre annonce bien un roman. Il me semble évident qu’il en est aussi réellement un, ne fut ce que par l’introduction de deux personnages qui sont Frédéric et Carla. Pourtant, à la lecture, nous sentons de suite que les deux auteurs ont très bien connus Sartre et de Beauvoir, qu’ils les ont fréquentés à l’époque et que beaucoup de situations ont bien été vécues. Il en va de même pour certaines déclarations de l’un ou de l’autre.

Nous sommes en 1958 et de Gaulle en appelle au peuple Français pour le vote d’une nouvelle constitution qui lui donnerait beaucoup plus de pouvoirs. En effet, la France sort d’une période plus que pénible qui a vu les gouvernements et les alliances changer régulièrement au point de ne plus devenir gouvernable.

Mais la gauche, comme les étudiants, ne veulent pas de de Gaulle, qu’ils considèrent comme un futur dictateur, ni de sa constitution. Le Quartier Latin est en ébullition ainsi que Sartre.
A l’université Raymond Aron donne tranquillement ses cours et ne voit pas de raisons de refuser en bloc ce qui se passe. L’opposition entre les deux anciens amis ne date pas d’hier et ils ne voient pas du tout les choses de la même façon.

Nous allons suivre Sartre pendant quelques années et connaître ses positions sur des sujets aussi brûlants que la victoire de Castro à Cuba, la guerre d’Algérie, le soutien au FLN, la terrible ratonnade d’octobre 1961 avec Maurice Papon comme préfet, l’indépendance de l’Algérie et un voyage à Moscou.

Mais Sartre, s’il reste un écrivain avant tout, n’est pas que cela ! C’est aussi un homme qui, aussi laid soit-il, est aussi un être bourré de charme et qui n’oublie pas de s’en servir. Ses conquêtes féminines ne se comptent pas et il ne les cache aucunement. Il les présente à de Beauvoir sans gêne aucune en vertu de leur arrangement connu de tous. Son charme opère aussi sur les hommes et, avec de Gaulle, il est le français le plus célèbre de son époque, reçu partout et quasiment intouchable.

Ce livre nous présente un personnage hors du commun, tantôt énervant tellement il est convaincu de lui-même, tantôt terriblement attirant. Il n’empêche, qu’à mes yeux, celle qui sort le plus grandie de ce livre c’est de Beauvoir… Ne manquez surtout pas la postface du livre ainsi que le récit des deux auteurs sur leurs rapports avec lui à l’époque.

Si Raymond Aron occupe une certaine place dans ce livre, apparaissent aussi Bernard Kouchner, Jeanson, Arnaud et quelques autres. Sartre apprend la mort de Camus, est abasourdi et déclare : « …. C’était mon dernier vrai ami… copain. »

Etait-il infaillible ?... Sartre lui-même donne la réponse au moment où il apprend qu’en Algérie, enfin indépendante, tous ses amis sont écartés du pouvoir. A Kouchner qui lui dit : « - Ils sont indépendants, bravo ! Mais je n’ai pas envie d’aller vivre chez eux. » il répond : « - Vous aviez des illusions ? S’étonne Sartre. Ils nous préparent une dictature. »
« - Qu’allons-nous faire ? demande Kouchner. – Rien… constate Sartre. »
Frédéric est secoué par cet aveu d’échec et lui dit :
- En réalité, vous n’êtes pas infaillible.
- Et vous pas assez sot pour l’avoir cru… »

Un livre très agréable à lire et très intéressant !

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Roman-scénario

5 étoiles

Critique de Saint-Germain-des-Prés (Liernu, Inscrite le 1 avril 2001, 51 ans) - 6 novembre 2006

Pour cet ouvrage, les auteurs se sont inspirés du scénario écrit avec Jacques Kirsner « Sartre, l’âge des passions », réalisé par Claude Goretta. Je n’ai pas vu le film en question, je ne peux donc que réagir sur le livre et non évaluer le travail d’adaptation. Et le livre, disons-le sans détour, est décevant. Composé pour 90% de dialogues, ce qui est compréhensible, le texte voit se succéder de courtes séquences avec de courtes répliques. Ce qui donne un résultat haché, saccadé, où l’on a à peine le temps de se familiariser avec une scène qu’elle est terminée.

Nous sommes en 1958, de Gaulle arrive au pouvoir. Le roman aborde Sartre sous l’angle de ses prises de position face à la guerre d’Algérie. Malheureusement, le scénario-roman reste en surface, se contentant d’être anecdotique. En outre, je ne vois pas bien l’intérêt de créer deux personnages fictifs et de leur donner tant de place dans le roman. L’histoire de ce couple Frédéric-Carla est totalement inutile et n’éclaire en rien le sujet central, c’est-à-dire Sartre.

Vraiment pas le meilleur ouvrage de vulgarisation sur la question…

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