Il est bon que personne ne nous voie
de Michel Layaz

critiqué par Sahkti, le 25 octobre 2006
(Genève - 50 ans)


La note:  étoiles
Vivre, c'est aussi mourir
Le narrateur est un adolescent, en apparence bien dans sa peau et dans sa famille, qui bosse de temps en temps dans une boucherie, pour s'offrir l'appareil photo de ses rêves et fixer pour l'éternité les trombines du quartier. Il a une amie, Charlotte, assez étrange, aux pratiques parfois bizarres, comme récolter des parties d'animaux morts dans la forêt et s'en servir pour de drôles de rituels. Ils aiment regarder les étoiles et se perdre dans l'immensité du ciel. Il y a aussi Walter, qui travaille à la boucherie et l'initie à la mort douloureuse des abattoirs. La mort, décidément partout, notamment dans la tête du jeune homme dont le père est très malade.

Au fil des pages, le narrateur raconte, il grandit, évolue, mûrit, vieillit aussi. Les années passent, le regard change, on le retrouve à l'hospice âgé de 88 ans, complotant avec Lucie-Lucifer, une infirmière qui l'aide à appréhender la mort. Puis il y a aura les étoiles, les vraies, celles de la fin.
Une fois de plus, beaucoup de sensibilité au bout de la plume de Michel Layaz. L'auteur se glisse avec une facilité déconcertante dans la peau de son narrateur, il en scrute l'âme pour nous la restituer avec justesse dans son intégralité. Pas de ton larmoyant, pas de pathos, rien de tout cela pour parler de la mort et ses multiples facettes. Simplement le regard lucide d'un adolescent qui devient homme, avec beaucoup de pointes d'humour grâce à son ami Raton, d'amour avec Charlotte et de philosophie avec Walter ou Lucie. Des portraits tout en finesse et en réalisme qui accompagnent le lecteur de lignes en lignes. Un beau roman, un de plus à l'actif de Michel Layaz, un auteur que j'apprécie et qui parle si bien de la vie.