La taupe de John Le Carré

La taupe de John Le Carré
( Tinker, tailor, soldier, spy)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone , Littérature => Policiers et thrillers

Critiqué par TELEMAQUE, le 25 septembre 2006 (Inscrit le 9 février 2006, 71 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 5 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 068ème position).
Discussion(s) : 1 (Voir »)
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Un misérable tas de secrets

Si Jim Prideaux prof remplaçant nouvellement arrivé au collège Thursgood a fait de Bill Roach, élève quelque peu décalé son guetteur, c’est qu’il a gardé de son ancien métier d’espion le réflexe de méfiance qui est une garantie de survie. Même ici, loin du monde de l’espionnage, dans ce collège minable qui lui sert de refuge après une carrière interrompue brutalement une nuit quelque part en Tchécoslovaquie.

Si George Smiley, un an après avoir été évincé du Cirque -surnom donné à la Centrale britannique du renseignement- est appelé à reprendre du service, c’est que le retour de Tarr - un autre agent- après une longue absence qui l’a fait porter déserteur, a mis en émoi le deuxième cercle des dirigeants de la dite Centrale. Il y a, c’est certain, une Taupe, c’est à dire un Agent Soviétique, infiltrée au Cirque.

Si une certaine nuit, Control, le grand patron maintenant décédé, a chargé d’une mission particulière Jim Prideaux, au mépris de toutes les procédures de sécurité, c’est qu’il soupçonnait que la Taupe opérait dans le premier cercle des dirigeants.

Ce n’est pas le premier livre de John Le Carré, mais celui dans lequel l’univers du renseignement commence à devenir cette machine à créer de la désinformation, à échafauder des plans pour bouleverser les certitudes de l’adversaire et entretenir celles de ses maîtres, à intoxiquer, qui tournera un jour à vide avec pour seule justification sa propre existence, cet univers bureaucratique, kafkaïen destiné à justifier les politiques dans leurs décisions. Par exemple dans la Maison Russie ou le Tailleur de Panama.

Dans cet univers, des hommes. Smiley d’abord, incarnation du doute, personnage conradien, le seul peut-être à n’être pas annihilé par la suspicion ou dévoré par l’ambition, et capable de reconstituer la nuit où Jim Prideaux fut capturé par les Russes. La reconstitution de cette nuit, il l’opère en compulsant les archives, en recoupant des emplois du temps, en remplissant des trous dans les procédures. Car cet univers du secret, du non dit, du susurré, cette “aire” du soupçon qu’est un service de renseignement consigne tout et archive tout.

Le monde dans lequel évoluent les personnages de John le Carré est un monde perceptible et déchiffrable seulement par ceux de ces hommes qui sont doués d’une sensibilité, d’une intelligence qui les situent à côté du réel avec un recul suffisant pour leur permettre de le considérer de façon critique: tel est le héros conradien, anti-héros souvent façonné par une blessure originelle et qui porte sa vie durant le stigmate de cette blessure. La rencontre de Prideaux avec l’élève Roach est à cet égard éclairante.
En dépit des apparences, des illusions, des faux-semblants que nous fait ressentir un style dense, foisonnant, où la maîtrise de l’action est portée par la maîtrise du verbe, le regard désabusé des anti-héros et le comportement des hommes en général, font affleurer ce qui est le fond de l’oeuvre de Le Carré: la condition humaine, l’homme “ce misérable petit tas de secrets”.

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Les éditions

  • La taupe [Texte imprimé], roman John Le Carré trad. de l'anglais par Jean Rosenthal
    de Le Carré, John Rosenthal, Jean (Traducteur)
    Seuil / Points (Paris).
    ISBN : 9782020479912 ; EUR 7,50 ; 09/10/2001 ; 411 p. ; Poche
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Volontairement déroutant !

9 étoiles

Critique de Angreval (Brossard, Inscrit le 11 août 2010, 72 ans) - 12 avril 2016

La Taupe est un roman déroutant, volontairement déroutant. C'est la technique choisie par Le Carré pour immerger son lecteur dans cette atmosphère trouble et mystérieuse du milieu de l'espionnage. Le procédé réussit fort bien: on perçoit les doutes, les craintes, les interrogations, les conflits, mais aussi l'humanité fragile de ces professionnels de l'espionnage.

Mais Le Carré va plus loin encore. Très souvent il laisse au lecteur le soin de compléter le récit par ses propres déductions, car tout n'est pas toujours dit dans . Le lecteur devient ainsi un acteur de l'action qui se déploie sous ses yeux. C'est un procédé unique et stimulant, ce qui n'empêche pas cette impression que certains fils ne sont pas attachés, impression qui redouble quand on n'arrive pas à saisir tout le processus suivi par Smiley dans sa recherche de la taupe.

Et pourtant, d'un point de vue littéraire, ces procédés sont ceux qui rendent ce roman si efficace dans la description de son milieu et finalement d'une lecture si captivante quand on adopte la démarche de l'auteur.

Après le film...

8 étoiles

Critique de Tanneguy (Paris, Inscrit le 21 septembre 2006, 79 ans) - 9 mars 2012

J'avais fait l'acquisition de ce roman dès sa parution (il y a plus de 25 ans !) et avais adoré, comme d'ailleurs les ouvrages suivants de Le Carré. C'est donc tout naturellement que j'ai décidé de voir le film récemment sorti tiré du roman... J'ai été envoûté par le climat, séduit par les acteurs, excellents et très British ; mais j'ai eu un mal fou à y comprendre quelque chose. Pour en avoir le coeur net, j'ai repris le texte et j'ai tout relu avec plaisir, d'ailleurs.

Mais j'ai eu finalement la même impression que pour le film : grande maîtrise de l'intrigue et du texte, personnages remarquablement campés et analysés, mais difficultés à suivre. Que s'est-il passé ? Certes, j'ai pris quelques années et l'agilité de mon esprit n'est plus ce qu'elle était ! Mais je crois surtout que le monde a profondément changé après l'effondrement du communisme et ce que l'on comprenait à demi-mot doit être explicité pour la clarté du récit.

Que cela ne décourage pas les nouveaux lecteurs ! "La Taupe" reste un ouvrage de référence et se lit d'une traite. On y apprendra à l'occasion comment vivaient nos amis d'Europe de l'Est devenus depuis membres de l'Europe.

Agréablement dense et complexe

10 étoiles

Critique de Nance (, Inscrite le 4 octobre 2007, - ans) - 2 décembre 2011

Premier tome (et le meilleur !) de la trilogie Karla, Karla être insaisissable, l’ennemi soviétique. George Smiley est un agent secret retraité depuis la mort de Control, ancien patron du Cirque, surnom du service de renseignements britanniques en raison de sa localisation (l’intersection Cambridge Circus). Il découvrira qu’une taupe s’est infiltré au plus niveau du Cirque pour Karla et que Control pensait que ça ne pouvait être qu’un parmi cinq hommes, qu’il donnera a chacun un nom de code inspiré de la comptine anglaise Tinker Tailor : Tinker (Percy Alleline, concurrent ambitieux de Control, nouveau chef du Cirque), Tailor (Bill Haydon, officier supérieur du Cirque, genre de Lawrence d’Arabie moderne), Soldier (Roy Bland, bras droit d’Haydon, chargé de l’espionnage des pays satellites de l’URSS), Poorman (Toby Esterhase, bras gauche d’Haydon, chargé de la surveillance) et Beggarman (Smiley lui-même). Smiley va chercher à savoir qui est la taupe.

« Nous ne pouvons pas interroger, nous ne pouvons pas prendre de mesures pour limiter l'habilitation de telle personne aux secrets les plus délicats. Prendre l'une de ces mesures, ce serait courir le risque d'alarmer la taupe. C'est la plus vieille de toutes les questions, George. Qui peut espionner les espions ? Qui peut dépister le renard sans courir avec lui ?" Il fit une triste tentative pour montrer un peu d'humour: "Ce serait plutôt la taupe", conclut-il en un aparté plein d'assurance. »

C’est un livre lent (ce qui peut en rebuter plus d’un), mais intriguant (pour moi en tout cas) et complexe (sans contredit). Un récit en poupées russes, dont au final on ne connaîtra jamais la poupée du centre, seulement celles en surface. Ambiguë aussi, on ne sait pas si tout a été fait pour le mieux ou par principe. Personnellement, bien que j’ai apprécié les deux autres tomes, ils n’ont pas autant capté mon attention que celui-ci. C’est un livre que je recommanderais à ceux qui aiment le genre et qui sont attentifs et patients.

Une adaptation vient d’être portée au grand écran avec Gary Oldman en Smiley et l’a déjà été à la télévision en 1979 avec Alec Guinness. Je n’ai vu ni l’une, ni l’autre, mais j’en entends que des commentaires positifs.

On y revient tooujours...

10 étoiles

Critique de Micharlemagne (Bruxelles, Inscrit le 26 décembre 2006, 67 ans) - 7 avril 2007

Je suis étonné que cette très bonne critique n'ait pas suscité plus de commentaires. Comme il n'y a pas un mot à y changer, je me contenterai de dire que j'ai certainement relu vingt fois la trilogie de Smiley et que des trois livres, c'est sans doute celui-ci qui me parle le plus. Ne me demandez pas qui est la "Taupe". A chaque fois que je relis, j'ai un doute ! Mais ce que Télémaque ne dit pas, c'est l'invraisemblable quête de Smiley où sa vie "professionnelle" se mélange avec sa vie "personnelle".
Une suggestion pour les chaînes de télévision : il y plus de vingt-cinq ans, la BBC avait réalisé une palpitante série d'après ce roman. Pourquoi ne pas la rediffuser au lieu de nous redonner Derrick pour la trentième fois ?

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  A Télémaque 11 Coriolan 22 juillet 2011 @ 19:37

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