Excusez les fautes du copiste de Grégoire Polet

Excusez les fautes du copiste de Grégoire Polet

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Bluewitch, le 7 juillet 2006 (Quelque part sous les étoiles, entre Bruxelles et Charleroi, Inscrite le 20 février 2001, 38 ans)
La note : 6 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 10 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (10 637ème position).
Visites : 7 247  (depuis Novembre 2007)

Le ridicule du monde

Le narrateur est un homme solitairement seul. Un pléonasme de l’ « inviduation » involontaire de l’homme. Un peintre pour qui la réussite ne viendra pas atténuer la lourde responsabilité du choix d’un métier d’artiste. Non, dès le début de sa vie artistique, il ne sera qu’une ombre, un habitué de l’anonymat. Veuf à la naissance de sa fille, il assume, présume des besoins de l’enfant et modèle, sculpte sa carrière selon elle. En restaurant des tableaux de peintres renommés dont il manque subtilement la signature, en ravivant les couleurs. Puis, pourquoi pas, copier, officieusement, officiellement, légalement, illégalement, devenir un génie en la matière, surpasser par la simplicité de la copie la valeur de l’original.
Car n’est-elle pas ridicule cette folie passagère, cet engouement passionné pour une œuvre de maître qui se disloque dès qu’on la sait fausse, cette oeuvre ?

« Le vrai, le faux, ce sont des inventions commerciales, des plus values de marchands, des mensonges de maquignons, des arguments d’hypocrites. C’est une manière de créer des supériorités, de justifier des exclusions, d’exagérer des amours, d’exacerber des haines. Une manière de fonder le bonheur des uns sur le malheur des autres. Une raison de nier l’égalité, d’empêcher la fraternité, de miner la paix et de justifier les guerres. »

Extrait sans doute un peu grandiloquent, mais enthousiaste et engagé, certainement. Par le biais de cette aventure de copiste, c’est l’histoire d’une personnalité, dans son intimité artistique qui se décortique, non sans intérêt, mais avec néanmoins un côté un peu trop affecté, parfois. Le ton est apprêté, tracé au couteau, narratif et manque parfois d’un peu de couleur (sans mauvais jeu de mot).
Volonté de faire évoluer ce personnage qui se vide de ses angoisses et de ses inhibitions en vendant cet art qui lui est propre. Faussaire génial et efficace, l’homme se donne au plus complet de lui-même. Jusqu’à perdre sentiments, goût, intérêt ? Un détachement s’opère alors que son monde se crée.
Roman-confession assez bien construit, rapide, enchaîné en chapitres courts, un rythme sobre mais soutenu. Une écriture souple et simple, parfois trop linéaire mais jamais ennuyeuse, modelée de cette délicatesse propre à certains jeunes auteurs.
Une jolie découverte, donc, ce livre de Grégoire Polet, mais accompagnée de l’espoir d’un prochain roman plus lâché, libre et spontané.

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Les éditions

  • Excusez les fautes du copiste [Texte imprimé], roman Grégoire Polet
    de Polet, Grégoire
    Gallimard / Blanche
    ISBN : 9782070775538 ; EUR 13,50 ; 16/03/2006 ; 148 p. ; Broché
  • Excusez les fautes du copiste [Texte imprimé] Grégoire Polet
    de Polet, Grégoire
    Gallimard / Collection Folio
    ISBN : 9782070358618 ; EUR 6,00 ; 18/09/2008 ; 176 p. ; Poche
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excusez les fautes du copiste

6 étoiles

Critique de Flozo (, Inscrite le 26 février 2016, 18 ans) - 26 février 2016

L'art, c'est ce que ce livre nous fait vivre page après page. Il nous raconte la vie d'un homme raté qui échoue tout ce qu'il entreprend. Petit à petit, il va avancer dans la vie et devenir un des plus grands artistes anonymes grâce à ses tableaux extrêmement bien copiés qui passent par un intermédiaire pour éviter de se faire attraper. Il va devenir un des plus hommes riches inconnus. Une grande partie de l'histoire se passe à Bruxelles dans une grande maison où vit le personnage. Ce livre est très bien écrit et on est directement plongé dans l'ambiance. Il y a toute une séries d'événements qui se suivent et tous inattendus. Il y a du suspense et du mystère tout au long de l'histoire avec une touche d'humour et du vocabulaire adapté. Je vous recommande de le lire car il cache une fabuleuse histoire

Un bon roman sur un thème original

7 étoiles

Critique de Pacmann (Tamise, Inscrit le 2 février 2012, 52 ans) - 28 septembre 2015

Selon ses pairs et professeurs, Sylvain est un peintre sans grand talent. Il épouse Nicole qui meurt en couche et il hérite d’une fille, Isabelle, et d’une maison de maître à Bruxelles.

Privé du soutien financier que lui apportait son épouse, il est obligé d'accepter un travail de professeur de dessin. Par le hasard des rencontres, on lui propose de faire des restaurations et de fil en aiguille des copies de tableaux de grands maîtres. Il accepte, car il a un don particulier pour faire ce genre de travail qui en plus le valorise davantage que son emploi d’enseignant.

Les commandes se succèdent, l’argent facile abonde, les besoins aussi et une forme d’engrenage semble se mettre en place vers des activités de moins en moins conformes à la loi et la morale.

La chute trouvée au roman est à la fois plausible et inattendue.

Un roman court et vif sur un thème original qui pose à la fin certaines questions explicites sur le sens et le pouvoir de l’art. Un style aisé qui permet de joindre l’utile à l’agréable pour un ouvrage classé en Belgique dans certaines bibliothèques comme lecture scolaire.

Pas de quoi...

9 étoiles

Critique de Cecezi (Bourg-en-Bresse, Inscrit le 3 mars 2010, 37 ans) - 10 août 2013

Ce court roman, bien écrit et agréable à lire, présente une réflexion, entre autres, sur la question du vrai et du faux, qui finalement ne signifie pas grand-chose. Le narrateur est-il davantage un artiste quand il « forge », c’est-à-dire qu’il crée de nouvelles œuvres « dans le style de » ou qu’il bâcle ses œuvres personnelles qui ne sont cotées que par « copinages ». Et que dire de son expérience finale, presque conceptuelle et pourquoi pas révolutionnaire, que je laisse au lecteur le soin de découvrir par lui-même ? Ses amis, Max et Emile ne le sont-ils pas toujours malgré le fait qu’ils le trompent dans les procédures ?
Un livre introspectif sur un parcours, sur les liens humains, sur l’art, sur les rapports familiaux et quelques passages assez déjantés !
J’ai eu beaucoup de plaisir à lire le livre d’un auteur que je ne connaissais pas, et dont je vais explorer les autres romans qu’il a écrits jusqu’à présent.

L'homme et l'Art

8 étoiles

Critique de Sundernono (Nice, Inscrit le 21 février 2011, 35 ans) - 12 juillet 2011

Voilà un roman des plus intéressants. La vie de ce copiste de génie, sa relation père/fille, ses amitiés ainsi que les réflexions sur l'artiste et son art, sur les concepts du "vrai et du faux", "du beau et du laid", sur le marché de l'art ou encore la cotation des artistes sont des plus intéressantes. D’ailleurs ce livre m'a conforté dans l'opinion que je m'étais faite sur ce milieu, ayant travaillé il y'a quelques années dans le domaine de la vente d'oeuvres d'art et de la copie notamment, je peux témoigner de la véracité de certains faits retranscrits par l'auteur.
Le style de l'auteur est simple et efficace, agréable à lire, même si quelques passages sont parfois un peu "plat". Toutefois je ne vais pas bouder le plaisir que j'ai lu à lire les quelques 170 pages que compte ce court roman que je recommande à toute personne sensible au noble art qu'est la peinture, tout comme aux néophytes.
Pour résumé ce "Excusez les fautes du copiste" fut une bonne et agréable surprise.

un peintre sans créativité

10 étoiles

Critique de Vero13 (Marseille, Inscrite le 31 janvier 2011, 48 ans) - 28 juin 2011

L'histoire de ce roman est loin d'être prévisible. le personnage principal incarne un peintre sans créativité : un thème que, personnellement, je n'avais pas rencontré jusqu'alors dans mes lectures. Veuf et père d'une fille qui excellera dans la musique, ce peintre extrêmement attachant, écrit sa confession après avoir franchi l'irréparable : il analyse sa vie et se met à nu. Il s'agit du portrait d'un artiste dépressif qui devient copiste (faute de créer lui-même) et puis…faussaire. La frustration de devoir sa célébrité « aux faux » le conduit à un acte irréparable : la destruction de tableaux originaux et leur remplacement par des copies qu'il exécute lui-même. L'intrigue sort des sentiers battus. J'ai lu ce roman quasiment d'une traite.

Une nouvelle toute simple …

4 étoiles

Critique de Ori (Kraainem, Inscrit le 27 décembre 2004, 81 ans) - 19 décembre 2010

Autour d’un faussaire talentueux, le narrateur de ce petit conte de quelque 170 pages, s’est associé à un trio de copains en vue de former une entreprise d’arnaques à long terme, qui devait reproduire des tableaux de grands maîtres, anciens et contemporains.

Très linéaire et sans grande ambition littéraire à mon sens que ce petit opus de Grégoire Polet.

LE RAPPORT A L'ART...

7 étoiles

Critique de Septularisen (Luxembourg, Inscrit le 7 août 2004, 50 ans) - 28 octobre 2008

J’ai beaucoup aimé ce petit livre, d’une écriture simple et facile et qui se lit en quelques heures… Je n’ai pas grand chose à ajouter aux critiques précédentes, je peux juste dire que j’ai apprécié les clins d’œil permanents à la littérature (Emile VERHAEREN, Georges RODENBACH, Maurice MAETERLINCK…), et surtout à la peinture belge (René MAGRITTE, Paul DEVAUX, James ENSOR, Fernand KHNOPFF…), il faut bien sûr avoir quelques connaissances en la matière pour bien comprendre le livre… sinon, on est bon pour quelques heures de recherche… Les villes de Bruxelles et Ostende, ainsi que la mer du nord, sont décrites de façon magnifique… rien que pour cela le livre vaut la peine d’être lu!

Deux pistes de lecture sont vraiment très belles dans ce livre : d’abord le rapport père-fille entre le héros passif (pour ne pas dire poussif) du livre Sylvain Crêtes et sa fille pianiste Isabelle, et surtout le rapport de l’homme à l’art et au faux en particulier…car rappelons-le, le héros du livre est un copiste de tableaux, qui devient faussaire par la force des choses… ces réflexions sur l’art donnent quelques unes des plus belles pages de ce livre…
Extrait : «La société absorbait mes faux tableaux, les acheteurs, les musées, le public en jouissaient sans complexe, et je trouvais cela très bien. Si mon Claus, mon De Groux faisaient autant plaisir que des vrais, où était la perte, où était le dommage? C’était tout bénéfice pour tout le monde…».
Ou bien encore : «Je m’étais toujours étonné de ce qu’un tableau attribué à Jérôme BOSCH cesse du jour au lendemain d’éveiller tout l’intérêt qu’il avait suscité jusqu’alors quand on découvrait, au milieu d’une déception finalement imbécile, qu’il était de la main d’un suiveur plus tardif. Si le tableau avait plu jusque-là, pourquoi s’en détourner soudain?..».

Un livre très agréable à lire avec quelques heures de réflexion en prime…

Le ballet des masques

8 étoiles

Critique de Kinbote (Jumet, Inscrit le 18 mars 2001, 58 ans) - 21 octobre 2008

J’ai été sous le charme de cette façon de raconter, sèche mais adaptée au propos, avec une érudition non ostentatoire. Et cette référence à la peinture belge (Wouters, Claus, Stevens…), à Bruxelles et Ostende. Et "Le ballet des masques" d’Ensor qui est l'objet d'une embrouille qui fera dire au faussaire: « J’avais tué le concept excluant et exclusif de l’œuvre d’art et, en considérant objectivement l’œuvre comme objet, je libérais le monde du complexe qui l’oppresse depuis toujours : vouloir être seul dans un monde peuplé d’autres ; vouloir être unique dans un monde peuplé de semblables. »

Rien à ajouter concernant l’intrigue à ce qu’ont écrit Bluewitch et Sakhti: l’hypocrisie du marché de l’art, le jeu sur l’originalité et la copie, la distinction entre véracité et vérité…
L’auteur évoque bien, ai-je trouvé, la relation entre père et fille, l'interaction entre peinture et musique. Et cette citation finale de Giammaria Ortes jetant le trouble sur tout ce qu’on a lu: « Qui peut me dire si je feins ? » Même si tout est faux, rapporté, dévié, déplacé, copié, doit-on bouder son plaisir ?

Idéal au moment de sa sortie en poche pour accompagner les livres sur l’Art belge du quotidien Le Soir.

Grégoire Polet est indéniablement un des jeunes romanciers qui comptent.

Copiste ou faussaire?

6 étoiles

Critique de Sahkti (Genève, Inscrite le 17 avril 2004, 43 ans) - 10 octobre 2006

Second roman de Grégoire Polet, à qui on doit le bon "Madrid ne dort pas". Un registre différent cette fois, l'auteur ne nous parle plus d'une ville, mais d'un homme, d'un métier, celui de copiste passé au statut de faussaire.
C'est drôle et cynique à la fois. Le narrateur a toujours tout raté, en tout cas il le pense. Les peintres qu'il copie, c'est certes bon mais voilà, il manque et manquera toujours quelque chose. Parce que ce n'est qu'une reproduction. Mais lorsque qu'on décide de quitter la repro pour une vraie copie, ça change considérablement la donne.
Un bel aperçu de l'hypocrisie non seulement du milieu de l'art mais aussi de notre propre regard qui accorde plus de valeur et d'importance à un tableau lorsque celui-ci porte une signature connue (vraie ou fausse) et aligne les zéros sur le chèque de la vente. Autrement dit, du vent, du vide. Polet le démontre avec un certain brio même si je reproche des longueurs et des maladresses à l'ensemble. Il me semblait plus à l'aise avec son premier roman, cette manière de raconter une ville et une atmosphère. Un peu plus de difficulté pour parler de l'ambivalence des sentiments humains, mais ça reste tout de même agréable à lire.

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