Le Temps d'un Haiku
de Damien Gabriels

critiqué par MOPP, le 23 mai 2006
( - 83 ans)


La note:  étoiles
Instants de vie
Certains pourraient dire : "Le haïku, c'est une mode."

Il n'est pas question de cela dans le cas présent. L'auteur Damien GABRIELS, un Nordiste, étudie depuis bien longtemps les rouages et l'ESPRIT haïku.

En effet, ses écrits correspondent à son vécu : je le connais particulièrement bien. Il est membre, comme moi, de l'Association Française de Haïku, et si c'est son premier recueil, ce ne sont certainement pas ses premières productions puisque celles-ci sont bien souvent accueillies dans des anthologies collectives au niveau européen.

L'auteur sait donc de quoi il parle et il connaît les techjnioques propres à ce genre d'écriture qui relate l'instant bref, vécu avec détachement...

J'ai retenu quelques exemples pour illustrer son propos :

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un autre matin
d'autres feuilles mortes
le même balayeur

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C'est certes la poésie du constat opposée à la poésie de la métaphore et du feu d'artifices, mais c'est aussi cette poésie porteuse de sens caché, de philosophie...

Oui, le temps passe, nous passons, mais c'est ici et maintenant que nous vivons :

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maison à vendre -
dans le jardin en friche
les premiers crocus

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Dans ce cas, nous sommes en présence d'un ku-sen, c-à-d d'un haïku associé à un senryû. Il reste un haïku puisque la nature est prise en référence avec les crocus et le cycle de la vie, mais il y a, en plus, le senryû, plus en rapport avec la nature humaine, à savoir, ici, la vente d'une maison. Nous sommes bien en présence de poésie, car il y a, dans ce vers libre déployé en trois séquences rythmiques, combien de sous-entendus... à méditer...

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juché sur l'échelle
un merle juste à hauteur
des cerises mûres

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Ce texte me fait penser à mon auteur favori, Guillevic : le triomphe de la simplicité, la beauté de la simplicité, le verbe souple, léger...

Je vous invite à lire ce recueil.