Oh les beaux jours de Samuel Beckett

Oh les beaux jours de Samuel Beckett
( Happy days)

Catégorie(s) : Théâtre et Poésie => Théâtre

Critiqué par Veneziano, le 29 avril 2006 (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 40 ans)
La note : 8 étoiles
Discussion(s) : 1 (Voir »)
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Interrogations métaphysiques, l'air de rien

Dans cette pièce du genre absurde, sont "campés" deux personnages, Winnie et Willie. Ils sont enfoncés dans la terre jusqu'à la taille, dans une espèce de vallée informe. C'est elle, Winnie, qui parle surtout, lui se contentant de quelques répliques. Les dialogues, en eux-mêmes, paraissent relativement insigniants, mais, joints aux didascalies, ils émanent l'humour absurde de la pièce : la contingence de la pièce liée à son incongruïté finit par faire mouche, sans qu'il ne soit jamais dit expressément ce qu'il se passe. En soit, pas grand-chose, mais comment ces personnages en sont-ils arrivés là ? Elle inventorie son sac, examine sa brosse à cheveux, déploie son ombrelle, contemple la lumière - "Ah, le beau jour !" - , se souvient des moments heureux - Ah, les beaux jours ! " -
On finit par en déduire que ces deux personnages, un couple, attendent la mort, sans rien faire, ou presque, et que le moindre détail devient ainsi toute leur vie.
De manière surprenante, on constate que Willie peut se retirer dans son trou et en revenir : ils n'ont donc pas été ensevelis par accident par des genres de sables mouvants. Leur sort est volontaire : ils veulent partir.
Dans le second acte, on ne voit plus que Willie, dont ne dépasse que la tête. C'est une sorte d'au-revoir.

Comme dans En attendant Godot, il y a la même dimension métaphysique, à savoir l'attente de la mort. On peut faire une comparaison : dans le film Le Charme discret de la bourgeoisie, les personnages, par moment, se retrouvent à marcher sur une route, d'un pas pressé, puis résigné : ils ont compris. Dans En attendant Godot, les deux clochards attendent au bord d'une route que la mort viennent à eux, ce qui ne les empêche de converser. La présente pièce est une sorte de fin d'évolution : on se met en situation, en commençant par se terrer, pour progressivement s'enterrer.

Il y a de mignonnes répliques, touchantes ; cette pièce est intrigante, et très courte. Elle laisse un bon souvenir, tout en faisant réfléchir, de manière mélancolique, sur la - triste - condition humaine, dont il n'est pas infamant de choisir la fin.

La pièce est suivie de "Pas moi", qui ne m'a pas vraiment convaincu. Je n'ai pas dû la comprendre : elle m'a paru un peu "gratuite". Elle ne fait que quelques pages.

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