La nuit n'est jamais complète
de Yvette Z'Graggen

critiqué par Sahkti, le 22 avril 2006
(Genève - 50 ans)


La note:  étoiles
Journal intime
L’année 2000 a été symboliquement forte pour Yvette Z’Graggen. Parce que c’était l’an 2000, parce qu’elle fêtait ses 80 ans, parce que cette année a compté son lot de catastrophes en tous genres mais aussi d’émotions personnelles.
Une belle occasion pour entamer un journal, livrer ses pensées, raconter sa vie par petits morceaux.
Le début du récit est consacré à la peur millénariste ravivée par ce chiffre 2000 tout rond. Vision angoissée de Yvette Z’Graggen qui se demande où va le monde et comment acquérir la sérénité. Une démarche que l’on retrouve au fil des pages, partageant avec l’auteur ses craintes et ses interrogations sur l’homme, la vie, le monde et aussi elle-même. L’écriture de Yvette Z’Graggen est sensible et très intime, elle se livre sans détours avec ses mots simples et précis. Elle nous raconte les maux de la vie, petits et grands, nous parle de sa famille, de sa santé parfois chancelante, de son amour du sud ensoleillé. Une intervention chirurgicale et une hanche douloureuse rendent le quotidien de Yvette Z’Graggen parfois difficile, particulièrement sur le plan de la mobilité. Un handicap que l’auteur ressent souvent comme un enfermement dont elle essaie de sortir comme elle peut, l’évasion est nécessaire et il passe notamment par de nombreuses lectures (beaucoup de pudeur dans ses mots, elle ne veut pas qu’on s’apitoie et en même temps, elle nous livre la situation de manière très réaliste, inutile de faire semblant. Pour partager avec elle cette sensation d’emprisonnement lorsque la mobilité se fait la malle, j’apprécie d’autant plus la justesse de ses propos).
De chez elle, Yvette Z’Graggen lance un regard curieux et interrogatif sur le monde qui l’entoure, sur la société, sur la Suisse et ses recoins obscurs, sur son passé, sur sa famille, son travail à la Croix-Rouge ou à la RSR, ses amis, sa vie intime, sa fille et son petit-fils.
L’esprit d’Yvette Z’Graggen ne se repose jamais. Si le corps prend ses distances, la tête fonctionne bien. Vite. Efficacement. L’auteur s’intéresse à tout, c’est impressionnant.