Lupus, tome 1
de Frederik Peeters

critiqué par Julius, le 28 décembre 2005
( - 46 ans)


La note:  étoiles
les silences
Lupus, c'est de la SF, à ce stade de la critique, tout le monde est parti, non ? y a des vaisseaux spatiaux, des extra-terrestres ... c'est bon je suis tout seul ? bon je continue, de la SF, 2 potes qui décident de parcourir l'espace en prenant du bon temps. Jusqu'à qu'une femme, du genre fatale, fasse irruption dans leur vie.
Que j'aimerais vous montrer des extraits de cette BD, c'est vraiment hallucinant comme le Peeters arrive à faire passer des émotions dans ses visages, incroyable, quand je refeuillette cette BD, je suis le cul par terre. 3 personnages en errance, comme nous finalement.
Je vais vous donner un extrait, mais je voudrais insister sur le fait que sans les dessins, ben c'est pas pareil :

"Tony ..
c'est quoi cette histoire avec ton père ?

ah !.. t'as parlé avec Sanaa ?

Putain ! c'est bien le problème.. oui!..
tu peux m'expliquer pourquoi je dois apprendre ce genre de choses par une fille qu'on connait à peine ? hein ? ...
.. tu peux imaginer ce que ça me fait de réaliser que je suis transparent pour mon meilleur ami !? Merde !

t'es convaincu d'être un gentil garçon, hein, Lupus ?
tu te crois sensible et toujours à l'écoute ?
.. eh ben peut-être que je t'ai jamais rien dit parce que tu ne m'as jamais rien demandé ?
....

Oh!..ça c'est facile!.. comment j'aurais deviné ?!
.. en plus tu ne parles jamais de toi !. t'as l'air de te foutre de tout ! tu glisses en permanence !

tu as décidé ça un jour .. je n'y peux rien mon vieux ...
à un moment de sa vie, on peut décider de sa vision du monde .. c'est facile ...
... on met la tête sur un oreiller et on ne fait plus attention à rien
.. toi tu as décidé que tu étais sage et ouvert, et que moi, je n'étais qu'un gosse inconciant.. qui peut-être ... un jour ... avec un peu de chance ... frôlerait la vérité ...
disons qu'à force je suis entré dans ce costume ... voilà .. chacun son oreiller !

Mais ...
Moi je croyais ...
tu ...
tu ne m'as rien dit ...

J'avais la tête pleine de crotte, bon sang ! ...
.. et tu ne sais pas écouter !. c'est dur, je suis navré mais tu regardes les gens comme des miroirs ...

Mais à elle, tu racontes tout ...

Merde ! Evidemment ! ... je la connais pas !"

Qui ne sait jamais retrouvé dans la peau de l'un ou de l'autre ? Cette BD, c'est un peu de nous distillé à droite à gauche dans les cases, je le répète, ce sont nos errances, et à mesure que l'histoire avance, on est de plus en plus seul, comme dans la vie finalement. La vie est faite de silences et cette BD leur rend hommage.
Il y a 4 tomes, 3 sont sortis, je vais pas m'amuser à les tous critiquer. Ah ?! j'oubliais, bonne question ! c'est du noir et blanc ! comment faire passer autant d'émotions en couleur ???? non je déconne, y en a qui y arrivent ...
Belle surprise 8 étoiles

Lupus c’est une BD dont j’avais entendu beaucoup de bien. Pourtant, chaque fois que je la voyais dans les rayonnages de ma bibliothèque, je la feuilletais et je la reposais gentiment. Non franchement, les dessins étaient trop moches. Et puis un jour, déçu de ne pas trouver ce que je cherchais, je me suis dit que je ne risquais pas grand-chose en tentant l’aventure. Voilà comment j’ai commencé Lupus sans grand enthousiasme.
Eh bien la curiosité est souvent récompensée dirait-on. Les graphismes que je trouvais moches sont en réalité d’une intensité profonde et d’une grande maîtrise. En quelques traits d’apparence simple et brouillonne, Peeters arrive à rendre un silence, une émotion ou une situation comme peu de dessinateurs peuvent le faire. Je suis impressionné ! Ensuite il y a cette histoire d’errance et d’amitié qui sur fond de science-fiction – ce qui n’est pas pour me déplaire - traite de bien d’autres choses. Une ambiance psychologiquement chargée et pour tout dire, très prenante avec une tension qui monte crescendo pour aboutir à un fin haletante qui fait que je regrette amèrement maintenant de ne pas avoir pris les trois autres tomes de cette série. Vite, La suite…

Kabuto - Craponne - 59 ans - 19 mai 2012


La SF comme vous ne l’avez jamais lue… 9 étoiles

C’est une BD très racée à laquelle on a affaire ici… inclassable, subtile, bien construite, captivante, profonde, poétique, onirique, littéraire, émouvante, envoûtante, drôle, sensuelle, avec des personnages attachants aux personnalités fouillées… Le dessin est stylisé, pouvant être précis quand il le faut, mais masquant le plus souvent les détails à l’aide d’aplats noirs rageurs, comme si les détails en question n’avaient aucune importance. Ce parti pris fonctionne sans problème (même pour moi qui sait aussi apprécier le trait luxuriant de Bourgeon), et n’empêche en rien de s’évader grâce à la poésie des images, l’imagination du lecteur faisant le reste pour peu que celui-ci adopte une démarche active… En effet, ici, pas de fioritures inutiles pouvant détourner de l’essentiel. Car le paysage passe en quelque sorte au second plan, derrière la psychologie des personnages, qui nous sont si proches qu’on pourrait tout à fait imaginer les rencontrer dans une rue de Paris, Guéret ou Bangkok… L’espace et ses planètes ne sont ici qu’une métaphore permettant de dramatiser le récit, un prétexte servant à montrant que l’environnement, si vaste et fantastique soit-il, ne fait jamais oublier aux hommes leurs limites et leur condition tragique…

Amateurs de SF, de polars, d’aventures, de poésie ou de littérature, anars, écolos ou alter mondialistes, chacun pourra y trouver son compte dans cet univers qui réussit avec brio le pari pas si évident de transporter le lecteur avec une économie de moyens… Un véritable petit bijou dans le domaine du roman graphique ! Mon seul bémol, très mineur certes, concerne la piètre qualité de reliure, en tous cas pour ce tome : les pages pourtant reliées « à la française » ont commencé à se détacher à la deuxième lecture… c’est un peu embêtant pour un ouvrage de plus de quinze euros, surtout quand on en a apprécié le contenu… Le papier est pourtant de qualité, ainsi que le graphisme des couvertures, remarquable, où Lupus, seul ou accompagné, semble toujours contemplatif, un peu perdu face à l’immensité du paysage environnant…

Blue Boy - Saint-Denis - - ans - 20 novembre 2010