Semences magiques
de Vidiadhar Surajprasad Naipaul

critiqué par THYSBE, le 22 décembre 2005
( - 67 ans)


La note:  étoiles
Le dernier roman
A la sortie de « Semence magiques », V.S. Naipaul annonce haut et fort la fin du roman, ou tout du moins son dernier roman, dans les interview littéraires.
Alors en lisant, l’histoire de son héros Willie Chandran, déjà présenté dans son livre « La moitié d’une vie » sorti en 2002, on discerne toute la signification de cette déclaration.

Willie Chandran qui aura passé une partie de sa vie en Afrique dans le premier livre, sera, dans celui-ci, en Allemagne à Berlin avec sa sœur qui le persuadera de rejoindre un groupe de révolutionnaires en Inde pour l’affranchissement des castes inférieures.
Ensuite s’ensuit après maints combats dont il ne s’identifie pas, un emprisonnement de sept années. Il en sort, grâce à une vieille connaissance anglaise qui fait reconnaître son statut d’écrivain.
Assigné à résidence en Angleterre, il va loger chez son ami qui l’a fait sortir de son pénitencier Indien.
Que ce soit en Afrique, à Berlin, en Inde ou en Angleterre, Willie se cherche, il est en quête de liberté et de vérité. Mais, à chaque fois qu’il gratte un peu l’apparence des lieux et des personnes qui l’entoure, il s’aperçoit que ce qui est affiché cache un tout autre intérêt. Il pense que la société procure une sorte de déguisement.
Il passe sa vie de regrets en regrets, comme celui, par exemple, de ne pas avoir découvert vingt ans plus tôt ce livre réparateur de Gandhi, « je serai peut-être devenu un autre homme ». Mais, sa personnalité ne lui permet quand même pas d’être l’acteur de sa vie, il continue donc à jouer les rôles qui lui sont affectés, car bien plus tard il dira : « c’est terrible et désolant d’acquérir ce nouveau regard si tard. Ca ne me sert plus à rien, un quinquagénaire ne peut refaire sa vie ».
Willie Chandran est un personnage perdu, sans racine, qui a du mal à trouver sa place sur cette terre. Il erre géographiquement et intellectuellement.
V.S. Naipaul dessine une société morose et pessimiste, tous ces personnages sont tourmentés soit d’une vengeance, soit d’un atavisme social. Il a d’ailleurs à ce propos, une théorie presque Malthusienne que Willie exprimera sur l’aide social à ces familles dont on valide les erreurs.
Je ne connaissais V.S. Naipaul qu’a travers sa biographie et ses entretiens divers dans la presse, ou son personnage était décrit d’une manière pas très sympathique parfois, mais dont on lui reconnaissait quand même une grande place chez les écrivains contemporains, la preuve en est, il a eu le prix Nobel de littérature en 2001.
J’ai bien aimé ce roman qui se lit très facilement. Les messages sont clairs, les questionnements existentiels du personnage principal se font tout naturellement. Il m’a donné envie de poursuivre et notamment « La moitié d’une vie » que je n’ai pas lu, mais ce qui n’était pas gênant pour la compréhension de cette suite.
Un bel auteur à découvrir pour ceux qui ne le connaissent pas.