Les confessions de Nat Turner de William Styron

Les confessions de Nat Turner de William Styron
( The confessions of Nat Turner)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Jules, le 4 juin 2001 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 74 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (33 418ème position).
Visites : 2 801  (depuis Novembre 2007)

La révolte des Noirs en Amérique

L'auteur nous décrit dans ce livre ce qu’est la vie dans le Sud de l’Amérique d'avant la guerre de Sécession.
L'esclavage y est une institution admise par tous, car économiquement indispensable. Les récoltes du coton et du tabac sont les premières richesses de ces régions et la main-d'œuvre gratuite des Noirs est nécessaire pour les récoltes.
Tous les riches planteurs ne sont cependant pas les mêmes. Il en est comme pour tous les hommes : certains sont loin d’être mauvais, alors que d’autres se laissent aller aux pires cruautés.
Heureux étaient ceux et celles qui travaillaient dans les maisons comme domestiques. La vie était plus douce pour eux et, à les voir de façon proche et quotidienne, les Blancs allaient parfois jusqu'à les aimer vraiment.
Mais en 1831, poussés à bout par d’incessantes injustices et des traitements inacceptables, une révolte va éclater parmi les Noirs dans un coin plutôt isolé du sud-est de la Virginie. Elle sera soudaine et terriblement violente.
Pendant longtemps elle marquera les populations blanches en leur rappelant qu'une telle chose est bien possible.
William Styron nous décrit très bien l’ambiance qui régnait à l'époque dans ces régions et ce qui a poussé les Noirs à cette révolte. Ses personnages sont très réels, convaincants et forts. Il existait aussi des Blancs opposés à l’esclavage et qui sentaient qu’une telle abjection ne pouvait pas perdurer. Ils n'étaient cependant pas assez nombreux et étaient écrasés par les autres au nom de la sacro-sainte réalité économique.
Une fois lâchés, les noirs laisseront des bains de sang derrière eux, sans discernement aucun. Nat Turner est leur chef.
Un très bon livre.

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"Ce que les hommes font aux hommes"

8 étoiles

Critique de Heyrike (Eure, Inscrit le 19 septembre 2002, 51 ans) - 15 avril 2018

1831, Nat Turner est enchaîné dans la prison de Jérusalem. M. Gray, membre du tribunal qui doit le juger, vient régulièrement le visiter afin qu'il lui confie sa version des faits pour lesquels il encourt la peine de mort.

La vie d'esclave de Nat débute dans le domaine de son premier maître Samuel Turner. Celui-ci est un esclavagiste iconoclaste, il pense que l'esclavage est une malédiction pour le Sud, qui ronge les fondements d'une société censément libre, mais il ne peut envisager une libération totale sans au préalable une solide éducation des noirs qui seraient, sans elle, livrés à la pire situation dans une société convulsionnée par les préjugés racistes. Aussi lorsque Nat fait montre de sa capacité à lire, Samuel le prend sous son aile et lui promet un avenir meilleur. Mais les événements vont être contraires aux promesses faites. Obligé d'émigrer vers l'Alabama, Samuel Turner place Nat sous la protection d'un révérend jusqu'à ce qu'il ait l'âge d'être affranchi, mais le révérend est un individu misérable et sans scrupules. Pendant plusieurs années, il vit dans des conditions très pénibles, jusqu'au jour où il est revendu à Thomas Moore.

Dans cette ferme, il connaît des jours plus doux. Il étudie la bible durant de longues heures, observe et analyse attentivement les relations entre les blancs et les noirs. Il méprise tous ces noirs qui font le dos rond devant les blancs et qui rivalisent d'obséquiosité pour plaire aux maîtres. Le comportement de ces "culs noirs" est pour lui encore plus avilissant que le principe même de l'esclavage. Ce mépris est égal à celui qu'il nourrit pour les blancs auxquels il faut toujours s'adresser en employant un langage simple ponctué d'expression comme "Dame oui" ou "c'est ben la vérité", véritable lexique du brave petit nègre soumis et stupide. Même avec Margaret, la jeune fille des voisins qu'il accompagne régulièrement dans ses déplacements, ce mépris fulmine au plus profond de son être. Lorsqu'elle dénonce les travers d'une société fondé sur des préjugés qu'elle réprouve avec beaucoup d'ardeur, il ne peut que rejeter cette compassion qui ne revêt à ses yeux qu'une posture idéaliste fondée sur les saintes écritures destinées seulement à soulager sa conscience. Pendant qu'elle se répand en bonnes paroles, il est assailli par des pulsions sexuelles et des envies de meurtre.

Armé de sa bible et de sa haine, il fomente un plan de soulèvement total des esclaves. Entouré d'une poignée de disciples fidèles, il peaufine patiemment tous les détails de son plan de bataille. Il se voit en Napoléon noir pourfendant l'abjection esclavagiste, répandant la mort sans pitié, libérant tous les noirs.

Dans cette contrée de Virginie, les conditions de survie des esclaves sont moins pénibles que dans les autres Etats sudistes, il est rare que des traitements cruels soient infligés. Bien au contraire, les esclaves bénéficient de quelques "libertés" occasionnelles (j'ai mis des guillemets à liberté pour bien en souligner le côté tout relatif et pour qu'il n'y ait pas de malentendu sur l'inhumanité du système esclavagiste). Plutôt que d’emprunter le chemin maintes fois parcouru par d'autres auteurs qui ont su parfaitement dépeindre la société sudiste de cette époque, William Styron aborde le sujet sous un angle plus prégnant en relatant le parcours d'un jeune homme noir fin observateur d'un système où les relations entre les dominants et les dominés sont codifiées et inamovibles. Il scrute les corps, écoute les mots des blancs qui perpétuent l'asservissement de l'âme des noirs. Il s’imprègne de leur mode de pensée et puise dans la bible les enseignements qui lui permettent de mettre au point un plan de libération qui répandra la mort sans discernement.

L'auteur s'est emparé d'un fait réel pour relater la condition des esclaves dans ce pays où la liberté était l'une des valeurs fondamentales de la constitution rédigée par les pères fondateurs qui oublièrent au passage le sort des indiens, des esclaves et des femmes !

Une œuvre puissante qui prend à le bras le corps et sans détour le sujet de l’esclavagisme pour en dénoncer toute l'ignominie et l'inhumanité, une tragédie historique dont les États-Unis ne se sont pas relevés et qui restera à tout jamais la marque infamante et indélébile d'une nation qui dès le début a écrit son histoire avec le sang des minorités et des laissés pour compte.

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