Le tour de la bouée de Andrea Camilleri

Le tour de la bouée de Andrea Camilleri
( Il giro di boa)

Catégorie(s) : Littérature => Policiers et thrillers

Critiqué par Tistou, le 4 novembre 2005 (Inscrit le 10 mai 2004, 62 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 10 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (20 017ème position).
Visites : 3 634  (depuis Novembre 2007)

Immigration sauvage

Un Camilleri crépusculaire. Le commissaire Montalbano n’a jamais autant parlé de démissionner. Son corps commence à le lâcher, enfin son coeur donne des signes de faiblesse ….
Démoralisé par le comportement de la police durant le sommet de Gênes en 2001, Montalbano est confronté à une plaie récente qui touche les côtes italiennes ; le racket de l’immigration clandestine et les trafics humains qui l’accompagnent.
Très moderne ce Camilleri, sur des sujets on ne peut plus actuels, mais toujours évidemment avec cette particularité de langage, sicilien (Camilleri est sicilien), que Serge Quadruppani, le traducteur attitré de Camilleri, prend la peine d’exposer dans un avertissement au lecteur en tête. Bel exemple de conscience professionnelle du traducteur. S. Quadruppani :
« Pour rendre le niveau de l’italien sicilianisé, j’ai donc placé en certains endroits, comme des bornes rappelant à quels niveaux on se trouve, des termes de français du Midi. D’abord parce que le français occitanisé s’est assez répandu, par diverses voies culturelles, pour que jusqu’à Calais, on comprenne ce qu’est un « minot ». Ensuite, ces régionalismes apportent en français un parfum de Sud. J’ai par ailleurs choisi le parti de la littéralité, quand il s’est agi de rendre perceptibles certaines particularités de la construction des phrases (inversion sujet verbe : « Montalbano sono » : « Montalbano, je suis ») ou ce curieux emploi du passé simple (ché fu ? « qu’est-ce qu’il fût ? », pour « qu’est-ce qu’il se passe ? ») par où passe l’emphase sicilienne … »
Comme en outre, Camilleri mène bien ses histoires, avec beaucoup d’humanité, à l’instar d’un Pierre Magnan en France, le résultat est réellement réjouissant. Et de même que Magnan était allé au bout de sa démarche en faisant mourir Laviolette dans un ultime épisode, il ne serait pas étonnant qu’il arrive des choses définitives à Montalbano dans le prochain ouvrage.
Moins « folklorique » que d’autres épisodes de Montalbano, ce « Tour de la bouée » traduit un agacement certain de Camilleri vis à vis de la politique de son pays.

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Les éditions

  • Le tour de la bouée [Texte imprimé] Andrea Camilleri trad. de l'italien (Sicile) par Serge Quadruppani avec l'aide de Maruzza Loria
    de Camilleri, Andrea Quadruppani, Serge (Traducteur)
    Fleuve noir / Noirs (Paris).
    ISBN : 9782265079083 ; EUR 18,50 ; 28/04/2005 ; 234 p. ; Broché
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Prendre un enfant par la main…

8 étoiles

Critique de Pierrot (Villeurbanne, Inscrit le 14 décembre 2011, 66 ans) - 7 février 2018

Un roman d’actualité, puisqu'il parle de l’émigration, avec tous les charognards qui gravitent autour, et ses effets pervers. Mais pas seulement, ici Montalbano est préoccupé aussi par les premiers stigmates de la vieillesse qui sournoisement s’insèrent dans son travail d’enquêteur. Mais surtout, c’est ce ras-bol, face à la fourberie et la cruauté des hommes qu’il déteste le plus qu’il a du mal à faire face, au point de donner sa démission, heureusement pour nous, la passion de son métier l’emportera…
Un roman toujours plein d’humour de franc parler, mais aussi avec pas mal d’émotion à cause d’un ‘minot’ …
Superbe.

Pas si intéressant que cela

5 étoiles

Critique de Falgo (Lauris, Inscrit(e) le 30 mai 2008, 79 ans) - 16 mai 2011

Les livres de Camilleri se ressemblent fort. Le langage utilisé -et ses difficultés de traduction -, les personnages figés dans leurs qualités et leurs travers, l'habituelle mise en cause de la hiérarchie, les références immuables à la cuisine italienne tissent une toile de fond dont le caractère répétitif et superficiel ne sert pas le déroulement d'une intrigue ici plutôt intéressante. On repère trop facilement les procédés d'écriture et la facilité. Cette manière de faire est loin d'atteindre la densité d'écriture d'un Mankell et il ne faut pas prendre cet ouvrage pour plus qu'un léger divertissement sans conséquence.

Un peu trop couleur locale

6 étoiles

Critique de Féline (Binche, Inscrite le 27 juin 2002, 40 ans) - 23 septembre 2008

Mon sentiment à l’égard de ce roman est mitigé. Bien qu’il soit court et l’histoire plausible et bien ficelée, j’ai mis plus d’une semaine à en venir à bout.

Parlons d’abord du positif. Comme je viens de le dire, l’intrigue tient la route et est originale. Elle repose sur une triste réalité, qui est malheureusement d’actualité : le trafic des enfants immigrés. De plus, ce sujet n’est pratiquement jamais abordé dans la littérature. Le récit est bien construit et le dénouement n’est pas trop prévisible même si, comme le souligne SGDP, la trame est assez classique : deux histoires parallèles, qui au départ n’ont rien à voir entre elles, et qui finalement sont liées.
Les personnages sont hauts en couleurs avec des personnalités bien dessinées, même si parfois je confondais les noms des personnes avec le nom des patelins.

Pour le négatif, et c’est ce qui a définitivement gâché ma lecture et m’a empêché d’apprécier le roman à sa juste mesure, c’est le langage utilisé par l’auteur et que le traducteur a essayé de restituer en français sans en trahir le style. Tistou l'explique très bien dans sa critique. Cela a du être une grande difficulté, mais je ne sais pas si ce traducteur a choisi la bonne option. En tout cas, personnellement, je ne poursuivrai pas l’exploration de l’œuvre de cet écrivain malgré la qualité de ses intrigues. Pourtant le contexte politique et la découverte du fonctionnement en Sicile était intéressant. Dommage !

Hermétisme personnel

5 étoiles

Critique de Sahkti (Genève, Inscrite le 17 avril 2004, 44 ans) - 21 août 2008

Quand j'ai décidé d'explorer l'oeuvre de Camillleri, il y a déjà quelques années maintenant, je me suis heurtée au problème de la langue. Je salue l'effort de traduction qui est fourni, remarquable, mais voilà, j'éprouve les plus grandes difficultés à m'habituer aux tournures et au langage de Camilleri. J'avais même au début, à tort, qualifié cette langue de patois, avant qu'une amie ne m'explique toutes les subtilités du dialecte.
Rien à faire, j'ai beau persévérer, je n'arrive pas à dépasser cet écueil et je le regrette car les intrigues des enquêtes de Montalabano sont plaisantes et puis c'est l'Italie vue de l'intérieur, par quelqu'un qui la connaît sur le bout des doigts et teinte donc ses récits d'une vraisemblance bienvenue. C'est encore le cas cette fois, avec des thèmes très actuels et une description détaillée et rigoureuse de la Péninsule. Le récit est bien ficelé, tout cela suit un fil conducteur à la structure efficace mais je ne suis toujours pas parvenue à entrer entièrement dans l'univers de Camilleri. Dommage pour moi.

Aucun attrait particulier

6 étoiles

Critique de Saint-Germain-des-Prés (Liernu, Inscrite le 1 avril 2001, 50 ans) - 5 août 2008

Tout en comprenant l’énorme difficulté qu’a dû représenter la traduction de cet ouvrage, transformer les mots français en s’inspirant de la façon dont Camilleri transforme l’italien a rendu le texte particulier, certes, mais surtout lourd. Cela a sans doute une certaine saveur en italien et cela justifie l’écriture et le style de Camilleri, mais on ne retrouve pas cette saveur en français. Une lourde perte donc, mais je ne veux pas jeter la pierre au traducteur qui a ne fut-ce que le mérite de s’être attaqué à ce vocabulaire atypique.

Camilleri utilise la technique bien connue suivante : le commissaire Montalbano est confronté à deux affaires qui a priori n’ont rien en commun mais son enquête démontrera qu’elles sont liées. En effet, au premier abord, quel rapport pourrait-il exister entre un cadavre non identifié retrouvé dans la mer et celui d’un enfant, récemment débarqué en Sicile clandestinement, percuté par une voiture ? Deux enquêtes seront menées en parallèle, dont l’une plus intensivement que l’autre car il se trouve que Montalbano, quelques jours auparavant, a croisé cet enfant. Il se culpabilise de sa mort : alors que l’enfant s’enfuyait, Montalbano l’a rattrapé et remis aux mains d’une femme, persuadé qu’il s’agissait de sa mère et dès lors d’agir pour le bien du petit.

Deux enquêtes classico-classiques, sans rebondissements. Des enquêtes linéaires, rapides, dans lesquelles Camilleri n’arrive pas à insuffler le moindre suspense. Un commissaire que je croise pour la première fois et qui ne m’inspire aucun sentiment particulier. Probablement mon premier et dernier Camilleri…

Un commissaire sicilien sur le retour

8 étoiles

Critique de Aria (Paris, Inscrite le 20 juin 2005, - ans) - 31 juillet 2008

C’est avec ce titre que j’ai découvert Andrea Camilleri, grâce au Prix CL. J’ai été séduite par ce roman qui parvient à être distrayant malgré le sujet atroce qu’il aborde, celui des immigrants d’Afrique qui échouent dans le Canal de Sicile, vivants ou morts. Autre sujet atroce dont j’ignorais l’existence : celui des enfants immigrés dont certains mafiosi font le trafic.
C’est un roman assez court, qui se lit vite, ce qui peut plaire à certains lecteurs.
Le personnage du Commissaire Montalbano, dont j’avais entendu parler depuis longtemps, est assez plaisant : j’aime son caractère, son côté filou, sa bravacherie, même si dans cet ouvrage il semble diminué par rapport à ce qu’il était.
En revanche, je ne comprends pas le parti pris du traducteur de rendre en français le dialecte sicilien en changeant des voyelles en français, en modifiant des mots. Cela ne ressemble à rien. Seule l’introduction de mots du Sud de la France comme « coucourde » etc. m’a paru bienvenue.
Je sens que je vais relire du Camilleri bientôt !

Quelle "bordille de dégueulasserie" !

7 étoiles

Critique de Débézed (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 71 ans) - 20 juillet 2008

« O que passa » Andrea ? L’âge, la fatigue, le blues ? On dirait que l’appétit y s’en va, ce livre il est moins gourmand que le précédent que j’ai lu ! C’est peut-être à cause des collègues de Gènes qui ont joyeusement tabassé de paisibles manifestants endormis que Montalbano il n’est pas content et qu’il a moins d’appétit. Oui certainement, il y a un peu de tout ça dans cette histoire mais il y a surtout ce gamin, ce « minot » qui a pris sa main et qu’il a conduit vers sa mère, qui n’est peut-être pas sa mère, et que l’on a retrouvé mort, renversé par une voiture. Le commissaire, il se sent un peu responsable de la mort de ce gamin, alors il veut savoir et il cherche même s’il n’y a aucune enquête officielle d’ouverte et il trouve des indices qui le conduisent vers des trafics « dégueulasses », inhumains…

C’es toujours le même plaisir de fouler le sol de Sicile avec le commissaire Montalbano, là où il connaît tout le monde, où tout le monde participe à l’enquête, où le trafic fait partie de la culture, où la cuisine sent si bon et réjouit les papilles, là où on ne se contente pas de se nourrir, où on mange. Mais quand on touche aux « minots » « il dottore », il aime pas du tout et il devient méchant.

Certes, Andrea, c’est un bon scénario, bien tricoté où tu laisse poindre toute ta répugnance et ta révolte devant ses trafics odieux, mais pourquoi , vers la fin, t’as voulu transformer notre bon commissaire qui travaille surtout avec « sa coucourde », en James Bond décati et poussif ? Ca tient pas la route cette histoire, t’imagines l’inspecteur Maigret transformé en Hubert Bonnisseur de la Bath ? Pas crédible du tout ! Alors, au lieu d’être féroce et vengeur notre commissaire n’est que pathétique. Dommage, jusque là, je m’étais régalé !

La saveur de la Sicile

7 étoiles

Critique de Dirlandaise (Québec, Inscrite le 28 août 2004, 63 ans) - 14 mars 2008

Un bon polar qui a le mérite d'être assez court et aussi avec de l'action à la Bob Morane.

Ce que j'ai aimé : sa concision : Camilleri n'étire pas la sauce comme dans plusieurs polars que j'ai lus. On n'est pas au prise avec une longue enquête ennuyeuse et les problèmes gros et petits de l'équipe policière sont présents mais juste un peu ce qui est un très bon point. De plus, l'inspecteur Montalbano est sympathique, sa personnalité est bien dosée et Camilleri ne s'étend pas sur ses déboires et son mal de vivre comme dans tant d'autres polars. Le contexte : le fait que l'action se passe en Sicile est original et beaucoup de descriptions, tant au niveau géographique qu'au niveau culinaire, nous plongent dans l'atmosphère bien particulière de cette île. Les bouffes de Montalbano sont assez pittoresques bien que je ne raffole pas des fruits de mer... L'intrigue : Camilleri nous plonge au coeur d'un sordide trafic d'enfants d'immigrés et nous fait prendre conscience du triste sort qui attend ces déshérités de la vie. C'est bien imaginé et tout se tient du début à la fin. C'est solide et crédible quoique certains passages à la James Bond soient discutables.

Ce que j'ai moins aimé : le dialecte sicilien... le fait que le traducteur ait voulu nous rendre tout le sel de ce langage est louable mais un peu dérangeant tout de même. Je m'en serais bien passé quoiqu'on finit pas s'y habituer. Les personnages : Ingrid, la suédoise ne m'a pas convaincue, je me demande encore ce qu'elle vient faire dans la vie de Montalbano mais elle est bien utile au déroulement de l'enquête. Certains policiers sont présentés comme de parfaits imbéciles et j'ai eu l'impression d'une bande de demeurés complètement ébahie par l'intelligence de Montalbano. Il y a aussi le fait que quelqu'un connaît toujours quelqu'un de bien placé pour faire avancer l'enquête.

Bref, c'est vivant et coloré et ça se lit vite car très court. Une note moyenne je lui donne c'est ce que me dit ma coucourde et je pinse bien que c'est tout pour ma critique !

Il Dottore

8 étoiles

Critique de Aaro-Benjamin G. (Montréal, Inscrit le 11 décembre 2003, 49 ans) - 16 janvier 2008

Quand le traducteur prend soin de rédiger une préface pour expliquer les écueils de son boulot et son approche non conforme, il faut s’attendre au pire! Pourtant, après quelques pages on s’habitue. Bien que Quadruppani se soit fixé comme but de simuler le dialecte sicilien en métamorphosant les mots – pinser pour penser – c’est plutôt le style de l’auteur qui réussit le mieux à évoquer les couleurs locales.

Un style vif et marqué par un humour noir charmant. Montalbano, le policier usé et colérique, doit retirer son maillot de bain pour ramener un cadavre flottant sur la plage. Il se fait évidemment pincer dans cette situation délicate par un vieux couple puritain et les paparazzis!

Ce n’est pas un polar qui s’aventure hors des sentiers battus et le sujet du trafic de clandestins n’est qu’effleuré, mais le personnage du commissaire vaut la peine à lui seul. Une belle découverte pour moi.

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