Fenêtres de Manhattan
de Antonio Muñoz Molina

critiqué par Jlc, le 3 novembre 2005
( - 80 ans)


La note:  étoiles
Ivresse sentimentale
Le dernier livre d'Antonio Munoz Molina nous parle uniquement de Manhattan en 87 chapitres qui sont autant de portraits, de croquis, d'esquisses, de ballades dans une ville magique.Tour de force littéraire? Pas du tout mais bien davantage une promenade tendre dans une ville qui ne l'est pas.

J'ai ressenti comme lui la banalité de l'arrivée avant la fascination de la découverte, cette soif de vouloir tout voir, tout entendre, tout comprendre, cette fatigue aussi quand, le soir venu, on regarde aux fenêtres d'en face pour imaginer d'autres vies "dans cette ville qui provoque constamment le regard".

Mais je n'ai pas aimé ce livre que pour cette similitude de sensations. Je l'ai aimé pour de superbes moments quand il parle des livres ("invite excitante et aussi un début de remords anticipé, une promesse de sensations...et l'avertissement qu'on ne peut pas lire tous les livres qu'on voudrait"), des librairies qui disparaissent, d'amis tel ce Mark, professeur dans la petite Italie du Bronx, de peintures, celles d'Edward Hoper ou "Le cavalier Polonais" de la collection Frick déjà évoqué dans son roman "Le royaume des voix", ou encore de musique (qui n'a pas entendu Blossom Dearie chanter "Manhattan" ne peut tout à fait imaginer "l'ivresse sentimentale à retardement quand il est si agréable de marcher sur la Cinquième Avenue...").

Surtout Manhattan est un fabuleux révélateur de soi. Ici Munoz Molina n'a plus la notoriété de l'écrivain reconnu, les New-Yorkais ne connaissent pas ses racines, sa mémoire. Il est "Monsieur Personne" que les gens "ne voient pas car ils ne vous regardent pas." Et citant Joseph Brodsky - "les miroirs des hôtels (en l'occurence les fenêtres de Manhattan-NDL) - ne nous révêlent pas notre identité mais notre anonymat"- c'est en n'étant plus personne qu'on est le plus soi-même.

Il évoque magistralement cette distance entre l'étranger et la ville, distance qu'il décrit, dans une langue superbement traduite par Philippe Bataillon, en racontant le 11 septembre où il montre plus de curiosité que d'empathie, distance illustrée dans le fait qu'il marche vers les Tours Jumelles, c'est à dire à contre courant des gens qui fuient vers le Nord.

La description n'est pas idyllique, ce livre n'est pas un guide touristique; il parle d'une ville agressive, d'une capitale de tant de déracinements où un SDF a écrit sur sa pancarte "J'ai besoin d'un miracle".

Je suis tombé il y a 10 ans sous le charme de New York et aujourd'hui sous le charme de ce livre. Si j'ai la chance d'y aller une fois encore, "Fenêtres de Manhattan" sera dans mes bagages.

Enfin c'est simplement mon avis.
Quelques instants à Manhattan 8 étoiles

Curieuse du titre "Fenêtres de Manhattan ", de plus récit écrit après le 11 septembre 2001, je voulais éclaircir mon imagination sur cette ville intrigante que je ne connais qu'à travers des fictions, et je suis bien contente que l'écrivain ait pris l'intiative de faire ce livre. Antonio Munoz Molina nous décrit son expérience personnelle , en tant qu'espagnol expatrié, amoureux et intrigué de New York, voyageur perdu dans l'immensité citadine. Son regard est frais ,acéré et cultivé, et il réussit à décrire avec minutie tout ce qui l'approche et tout ce qu'il ressent. Le livre est rythmé en petits chapitres, qui donne le temps de rêvasser ,de savourer,de s'arrêter, parfois, car cette marche à travers la ville n'est pas de tout repos, car " à New York, le passage de la beauté à la désolation se produit toujours de manière expéditive" , nous dit l'auteur.Un bouquin honnête et généreux; mon premier livre de cet auteur qui me donne envie d'en lire d'autres.

Valencia - - 39 ans - 19 octobre 2008


ambiance nostalgique 8 étoiles

Merveilleux reportage que ce livre d'Antonio Munoz Molina sur la ville de New york autour de la catastrophe de l'attaque des Twin Towers avec beaucoup de musique , de références littéraires et artistiques.
On se laisse embarquer dans sa description forte et nostalgique.

Francesco - Bruxelles - 79 ans - 30 novembre 2005