L'or de la terre promise
de Henry Roth

critiqué par Jlc, le 25 octobre 2005
( - 80 ans)


La note:  étoiles
Les yeux dans la boue mais les sourcils aux cieux
Henry Roth a connu le plus grand malheur qui puisse arriver à un écrivain: ne jamais rencontrer son public. Son livre, publié en 1934, ne connut le succès qu'à partir de 1968 quand le New York Times en fit une critique très élogieuse.

C'est un roman admirable qui raconte les aventures de David, petit juif européen, émigré à New York, vers 1910. C'est un enfant très nerveux, à l'imagination fertile, craintif. Il va subir plus qu'affronter le monde extérieur, celui de la rue, des copains, de l'école hébraïque, du travail mais aussi vouloir exister en famille entre une mère si douce et un père si dur dont il craint de n'être pas le fils.

La terre promise, c'est la rue, la misère, les taudis, les bêtises, les coups, la solitude, la différence mais aussi la tendresse d'une mère, une éducation sentimentale, l'espoir.

L'or de cette terre, ce sont les yeux de David au travers desquels cette histoire est contée. Il y a de la sensibilité mais pas de sensiblerie, de la misère mais pas de misérabilisme, de l'histoire mais pas d'anecdotique. Il y a la vie, la peur, l'amour, la honte, les chagrins bien trop gros et les bonheurs si fugaces.

C'est aussi un fabuleux document sur l'Amérique du début du siècle et la communauté juive.

Vous aimerez David et n'oublierez plus ce petit garçon "enfoncé jusqu'aux yeux dans la boue, mais dont les sourcils touchent aux cieux" pour reprendre l’expression d'un auteur américain.

Enfin c'est simplement mon avis.
et la suite... 10 étoiles

L'or de la terre promise est un excellent roman semi autobiographique sur l'enfance pauvre, la honte des parents inadaptés à la terre qu'ils ont dû investir, les amitiés passagères, la religion... On plonge dans ce livre pour ne plus vouloir en sortir.
C'est pourquoi je conseille à tous de lire les autres romans de Henry Roth et surtout la série : à la merci d'un courant violent (4 tomes) où Roth, jusqu'à la fin de sa vie se raconte, ses errances, sa construction, déviée par une relation incestueuse avec sa soeur puis sa cousine...
Pas de compromis, l'honnêteté avant tout, pudiquement voilée par le recul et l'humour. Comme un John Fante en moins acerbe, Henry Roth nous entraîne dans les tréfonds de l'âme humaine, de son âme.

Vivien - - 42 ans - 22 août 2007