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Nathafi

19 avril 2012 @ 20:38
"La poésie n’a point mes préférences. Je suis même d’avis que, le plus souvent, on n’écrit en vers que parce qu’on ne sait pas écrire en prose, ou parce qu’on n’a rien à dire."

Interview par Charles Vogel, Gil Blas, 24 mai 1907.

Cette citation d'Octave Mirbeau, auteur que j'ai découvert il y a peu, me laisse assez perplexe. Je pense plutôt que la poésie est un exercice de style difficile.
N'y a-t'il donc pas de recueils de poésie qui vous aient touchés, que vous ayiez trouvés magnifiques, plaisants, enrichissants ?
Saule
(Je lis...)

19 avril 2012 @ 20:53
Je ne suis pas sensible à la poésie, c'est dommage, j'ai l'impression de rater quelque chose. J'ai pas souvent l'occasion d'en lire ceci dit, il faudrait que vous en produisiez plus souvent sur vos écrits, comme ici par exemple :

http://www.critiqueslibres.com/i.php/forum/sujet/2439
Feint
(Je lis...)

19 avril 2012 @ 21:36
Il faut remettre la citation dans son contexte. Mirbeau vise sans doute des poètes comme Sully-Prudhomme - il y a plus intéressant en effet à la même époque, notamment hors la poésie. Il vise notamment le vers traditionnel, où la technique peut, aux yeux de lecteurs d'un goût médiocre, passer pour l'art. Le vers libre, la poésie en prose, prennent de l'importance à la même époque par réaction à ce qui n'est plus un art mais tout au plus un artisanat.
Tout ça n'empêche pas qu'il y ait eu de très grands poètes en vers classiques, évidemment.
Nathafi

19 avril 2012 @ 21:40
:-)) Saule tu as choisi là un poème de SJB plein d'humour et "qui parle". De plus sa maîtrise de la rime et des vers nous offre une lecture agréable... Comme quoi tu es, tout de même, un peu sensible à la poésie ! Il est vrai que le jeu des métaphores peut rendre parfois certains poèmes incompréhensibles, j'ai souvent ce problème avec des oeuvres contemporaines.
Nathafi

19 avril 2012 @ 21:43
Merci Feint, je cherche à savoir effectivement ce qui l'a conduit à cette déclaration, en écumant ses biographies diverses.
Feint
(Je lis...)

19 avril 2012 @ 21:51
En 1907, Sully Prudhomme était une gloire nationale.
Nance
(Je lis...)

19 avril 2012 @ 22:01
Ouch! Même avec contexte, c'est dur. Même avec contexte, on peut dire qu'il généralise.

En poésie, soit ça me touche ou touche pas, pas de demi-mesure, mais je n'irais pas à condammer tout un style de littérature.

Oui, certains poèmes sont incompréhensibles par leurs figures de style certes, mais il existe autant de style de poèmes qu'il y a de poètes, certains sont fluides, limpides, tandis que d'autres sont plus lourds ou ont leur message caché.

Plusieurs poèmes font partie de mes meilleurs lectures : Ozymandias (Shelley), The Rime of the Ancient Mariner (Coleridge), Darkness (Byron), Alone ou le célèbre The Raven (Poe), This Be The Verse (Larkin) et plusieurs autres!

Il y a aussi la poésie en "prose", en "théâtre" ou même en "fables". J'ai tendance à moins accrocher à la poésie en "théâtre" comme avec Racine et ses rimes classiques, parce la forme me distrait trop du texte.
Eric Eliès
19 avril 2012 @ 22:05
Mirbeau a attaqué, souvent avec férocité, le classicisme dans tous les genres, qu'il s'agisse de la poésie, du théâtre, du roman, des arts plastiques. Je ne crois pas que Mirbeau vouait une exécration particulière envers la poésie...
Il faut se méfier des petites citations hors contexte, qui parfois ne signifient rien d'autre qu'un mouvement d'humeur passager. Par exemple, dans la préface à l'oeuvre poétique de Jean Schuster (poète qui fut ami d'André Breton et participa activement à la deuxième vague du mouvement surréaliste, après la 2ème guerre mondiale), il est rapporté que Breton, lors d'une discussion portant sur le sommaire d'un numéro d'une revue surréaliste, s'énerva en ces termes : "Encore des poèmes ! Toujours des poèmes ! Nous en sommes submergés. Je ne veux plus de poèmes !". Cela ne signifie pas que Breton s'était mis à exécrer la poésie !
Eric Eliès
19 avril 2012 @ 22:12
En 1907, Sully Prudhomme était une gloire nationale.


A cette époque, le poète qui suscitait le plus de moqueries était, et de loin !, François Coppée, dont l'oeuvre jouissait en même temps d'un grand succès populaire.
Feint
(Je lis...)

19 avril 2012 @ 22:55
En 1907, Sully Prudhomme était une gloire nationale.


A cette époque, le poète qui suscitait le plus de moqueries était, et de loin !, François Coppée, dont l’œuvre jouissait en même temps d'un grand succès populaire.
Et ça m'étonnerait aussi qu'il aimât Coppée.
@ Nance : Là je crois que précisément le contexte est essentiel. Je pense que le succès énorme de certains des poètes de l'époque, aujourd'hui presque oubliés, l'agaçait profondément.
Je ne doute pas qu'aujourd'hui, où un livre de poésie vendu à 400 exemplaires est presque un best-seller (j'exagère à peine), il verrait les choses très différemment.
B1p
(Je lis...)

19 avril 2012 @ 23:21
Franchement je me méfierais des jugements de valeurs d'un gars qui a commis un bouquin aussi mal emmanché que "Le Jardin des supplices"...
Nathafi

19 avril 2012 @ 23:31
Je ne l'ai pas encore lu, jusqu'à présent je n'ai lu de lui que Lettres de ma chaumière et Sébastien Roch, qui m'ont plu.
Nathafi

19 avril 2012 @ 23:36
... Contes de la chaumière, plutôt...
B1p
(Je lis...)

19 avril 2012 @ 23:39
moi c'est tout le contraire : je dois avoir lu le mauvais.
mais je ferais mieux d'ajouter une critique éclair plutôt que d'émettre des doutes sur son auteur-même : l'échantillon sur lequel je me base pour émettre mon propre jugement ne doit pas être représentatif, du moins je l'espère...
Laventuriere
20 avril 2012 @ 04:33


N'y a-t'il donc pas de recueils de poésie qui vous aient touchés, que vous ayiez trouvés magnifiques, plaisants, enrichissants ?


Bien sûr, Nath!
Outre Baudelaire et ses Fleurs du mal qui fut et reste la "bombe" de mes amours pour la poésie, il y a Neruda, Neruda et ses sublimes: "La vingtaine d'amour"-chef d'oeuvre de l'expression de l'amour pour moi- et "La centaine d'amour".
Mais il y en a tant d'autres, d'autres totalement différents mais tout aussi magiques!
L''Anthologie des poètes de la Méditerranée" pour lequel j'ai posté un avis mais cela pourrait être Darwich, papy Victor dont je ne me lasse pas, Desnos...

Les avis et jugements de poètes sur la poésie, j'évite!
Tu le sais: il n'y a pas que des vers, des rimes et leurs contraintes qui soient définitivement "poésie"!
Feint
(Je lis...)

20 avril 2012 @ 09:09
Tiens, je me rends compte que dans la rubrique "livres préférés" de CL, sur 9 titres, j'ai mis 5 poètes. Bonne proportion !
Débézed
(Je lis...)

20 avril 2012 @ 09:19
J'ai peu lu de poésie et je le regrette car c'est un mode littéraire que j'aime bien à condition que l'auteur ne m'entraîne pas dans les sempiternelles rimailleries amoureuses. J'ai fait un petit effort depuis quelques mois et je compte bien le poursuivre.
Nathafi

20 avril 2012 @ 19:54


Les avis et jugements de poètes sur la poésie, j'évite!
Tu le sais: il n'y a pas que des vers, des rimes et leurs contraintes qui soient définitivement "poésie"!


Certes oui, mais la déclaration de Mirbeau critiquait précisément la poésie en vers, ce qui m'a interpellée !

Avec le contexte, et au vu de la personnalité de cet auteur, je comprends mieux qu'il ait pu penser cela.
Merci pour tous ces éléments.




Je ne doute pas qu'aujourd'hui, où un livre de poésie vendu à 400 exemplaires est presque un best-seller (j'exagère à peine), il verrait les choses très différemment.


C'est vrai, c'est bien regrettable de voir ce style presque boudé. Mais je crois aussi que l'évolution de la poésie, si on peut parler d'évolution, n'a pas arrangé les choses. A une époque où j'étais abonnée à diverses revues poétiques (au cours des années 1990), j'ai constaté que les textes proposés étaient tout sauf de la poésie comme je l'entendais ! J'ai fini par me désabonner tant leur lecture m'était insupportable.

C'est peut-être aussi du au fait que la poésie dite classique m'a toujours grandement séduite et a laissé des traces...
Feint
(Je lis...)

21 avril 2012 @ 09:44
C'est que la définition de la poésie pose problème, et que ce problème de définition est consubstantiel à la poésie.

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