Fd
avatar 25/01/2019 @ 22:57:17
Un si petit mouchoir

Le sentier de terre, d'herbes, de pierres, montait en zigzag pour atteindre un haut paturage. Le jeune garçon, bien batit, les épaules larges, des cheveaux très courts, un sac bien empli dans son dos, de grosses chaussures de marches au cuir épais, pantalon en jean et tee shirt vert, s'époumonait, respirait fort, tirait la langue et s'essuyait le viage, le cou avec un fin mouchoir. Qu'il était stupide d'utiliser ce si petit mouchoir, si précieux pour lui. Il aurait dû le garder propre, le serrer contre son coeur, un souvenir de tendresse pour lui. Etait-ce une amitié profonde et désintéressée ? Ou peut être un peu plus, après tout il avait 15 ans ! N'est-ce pas l'âge d'un premier amour. ?

Ah cette majorette, c'est elle qui le lui avait donné, elle avec sa jupette, dansant dans le stade de football avantle le mach de l'autre jour auquel il participait; qu'elle était jolie avec ses yeux extraordinaires, légèrement violets, une couleur qu'il n'avait jamais vue dans aucun visage, elle l'avait envoûté. Il ne regardait plus ce magnifique paysage qui changeait sans cesse après chaque virage, il ne sentait plus ce parfum de la terre, des fleurs, des arbres qui l'entouraient, tout ce qu'il appréciait, avant... Oui, avant cette extraordinaire rencontre, pour lui unique, exceptionnelle. Alors il ressentit une joie, une sensation nouvelle qui l'envahissait tout entier. Il n'avait pas encore atteint cet âge de raison qui rend les gens ternes, désabusés, pas drôles à connaître ni à fréquenter.

Il finit par s'assoir sur un tronc d'arbre, plus fourbu que s'il avait fait une course entre copains dans le stade où il tournait en rond comme un fou, selon son habitude. Il réfléchissait, revoyait chacun de ses gestes, le balancement de son corps, son sourire enjoleur, c'est son rire qu'il entendait maintenant, comme si elle avait été près de lui en ce moment. Lentement il ressortit le petit mouchoir, en baptiste dirait sa mère, tout chiffonné, humide, et le regarda longuement, se mit à sourire de plaisir anticipé, d'idées folles, peut être un baiser, qui sait ? Il mit la main dans l'autre poche pour chercher un mouchoir plus grand, un mouchoir d'homme cette fois mais ne trouva qu'un bout de papier sur lequel elle avait griffonné une adresse, à sa demande supliante, il s'en souvenait. Il avait réfléchit longuement, avait commencé une lettre, l'avat jetée à la corbeille, puis avait recommencé. Lui avait-il écrit, probablement quelques mots mal pesés, qui l'avait l'avaient peut être blessée, avait-il était trop pressant ? Par précaution il avait mis son nom au dos de l'enveloppe, et sa lettre, oh tristesse, oh misère, lui était revenue avec mention « destinataire inconnu à cette adresse ».

Lobe
avatar 26/01/2019 @ 10:32:10
L'acidulé des amours adolescentes, dans un contexte fleuri que le héros ne voit pas: il n’a d’yeux que pour son mouchoir, et la jupette d’une certaine majorette. Je me demande s’il faut lire la chute comme un mauvais présage?!

Magicite
avatar 26/01/2019 @ 20:05:46
Doutes, espoirs, exhalation de ces émois d'un jeune de 15 ans. C'est bien fait et le texte maîtrisé de bout en bout. Peut être le rejet de la lettre retournée n'est pas assez marqué pour moi(ou alors comme Lobe semble penser ce n'est qu'une partie remise...) mais sinon l'ensemble et le narrateur en fond des pensées du jeune homme sont réussies. On y croit de bout en bout et avec une belle écriture claire et évocatrice surtout compte tenu du temps de l'exo. Et je redit belle maîtrise du sujet: le mouchoir de sa damoiselle, jupette et odeur de terre, course comme un 'fou' dans le stade tout sonne juste et sans forcer.

Cyclo
avatar 26/01/2019 @ 20:54:50
Là, on est dans la pudeur, bien connue de l'adolescence de bien des garçons, ceux qui ne jouent pas trop le jeu de la virilité et du roulement d'épaules. J'aime bien l'utilisation de l'âge de raison pour désigner les "gens ternes, désabusés, pas drôles à connaître ni à fréquenter", typique des adolescents aussi...

SpaceCadet

avatar 27/01/2019 @ 11:34:14
Je ne sais pas trop pour quelle raison, mais je craque pour ce titre; je le trouve très attirant. Riche en descriptions, voici un texte à la fois poétique et sensuel. Fluide. Les contraintes s'intègrent fort bien dans ce portrait des premières amours et des premières déceptions amoureuses.

Pieronnelle

avatar 27/01/2019 @ 13:06:12
Beaucoup de délicatesse toujours je trouve dans les écrits de Fd ; beaucoup de clarté aussi comme le souligne Magicite. Et le plus c'est vraiment le "petit mouchoir", j'aime beaucoup quand on utilise les objets dans un texte et qu'on leur donne une âme ; évocateur ici et un peu désuet ce qui lui donne beaucoup de charme. Le jeune homme est dans le souvenir, un peu le fétichisme grâce à ce petit mouchoir mais la grande déception est déjà passée, ce qui laisse de l'espoir, il est bien jeune...Joli !

Tistou 28/01/2019 @ 16:06:31
Délicatesse, évanescence, à l'image des premiers troubles amoureux adolescents (du moins de mon temps ?). D'ailleurs, le mouchoir en baptiste, il est petit. Si c'est pas une preuve ça !
"Destinataire inconnu à cette adresse" et "majorette" combinés, ça nous conduit tous sur des chemin similaires. Bon là c'est un sentier de montagne, par les fleurs alpines embaumé. Vive la montagne ! On va supposer que la grandeur de la nature alpine va lui redonner un coup de fouet. Ne restera qu'un bleu au coeur ...

Nathafi
avatar 29/01/2019 @ 20:10:05

Aïe, ça s'est mal passé… Beaucoup de nostalgie, de tristesse, j'ignorais les jeunes hommes aussi… sensibles :-)
Je suis heureuse de constater que ce texte est plus long, empreint de belles images encore, c'est très doux ! Et les questions qui abondent et offrent plusieurs options, j'aime bien.
Merci Fd !

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