Pierrot
avatar 02/10/2017 @ 11:45:49
Tombe, tombe sous la mitraille
Nombres de jeunes valeureux
Tombe, tombe les fiançailles
A l’eau, des pauvres malheureux

Il a abandonné son bercail
Où il coulait des jours heureux
Sa campagne et ses semailles
Pour un terrain moins généreux

Plus de gibier ou de volaille
Qu’il ramenait le bienheureux
Truffé de plomb pour la ripaille
D’un long dimanche savoureux

Plus de compagne dans la paille
Pour ces moments si langoureux
Où ces cheveux même en bataille
Te rendais doux et amoureux.

Te voilà tout seul sans attirail
Mort sous un ciel ténébreux
Enseveli dans les entrailles
De la terre d’un cul-terreux.

Tombe, tombe sous la mitraille…

Martin1

avatar 02/10/2017 @ 19:48:14
Je ne connais pas un long dimanche de fiançailles, mais je sais qu'on y parle de mort et d'amour, et donc je ne suis pas étonné de retrouver ici ces thèmes.
J'aime bien ta recherche du rythme : "Tombe, tombe sous la mitraille", et le côté sinistre de ton propos. On y sent le décalage entre le bonheur chantant des dimanches du passé, et l'absurdité du présent où le même protagoniste est réduit à l'état de cul-terreux.

Ce qui suscite en moi des réserves, c'est le choix de rimes que tu fais. Tu as le droit de choisir les deux mêmes pour tout un texte - ce pourrait être rébarbatif, mais avec toi ce n'est pas gênant. Simplement, elles sont identiques. Toutes tes rimes en "aille" sont des noms communs désignant des choses concrètes tels bataille, ripaille, volaille, entrailles - et celles en "eux" sont des adjectifs : "valeureux, malheureux, généreux, amoureux..." tous épithètes ou attributs d'une personne dont on décrit un trait de personnalité

Je pense que ta poésie ou ta chanson (avec toi c'est un peu entre les deux) gagnerait à varier les fins de vers.
Tu aurais pu utiliser des verbes tels assaillir, aller, bâiller, valoir, falloir, qui eux aussi offrent des rimes en aille pour certains temps, ou des noms jeu, hébreu; voeux, le pronom personnel "eux", le verbe "veux", etc.

Ces mots ne sont pas faciles à caser, mais ils donneraient un impact visuel différent et te forcent à modifier la structure de tes phrases, les rendant plus inattendues.
C'est un conseil, après tu en fais ce que tu veux!
Merci beaucoup de nous donner à lire tes textes

Fanou03
avatar 11/10/2017 @ 17:03:58
J'aime beaucoup ce poème, Pierrot, je trouve qu'il évoque vraiment très fortement cette période: on te sent très marqué par ta lecture !

Pieronnelle

avatar 15/10/2017 @ 12:50:15
C'est très beau Pierrot ! Ca coule et le rythme évoque oui une chanson qui est en même temps un ode à tous ces miséreux abattus .
Connais-tu Gaston Couté, ce poète paysan du début du xxè siècle ? Il a écrit beaucoup de poèmes, mis en musique par Gerard Pierron principalement, où il évoque ces guerres atroces dont celle de 1870 ; une se nomme "Le chant de naviaux" je crois, à chaque fois que je l'écoute j'ai des frissons partout ; et ton texte m'a rappelé ce sentiment éprouvé...


Pieronnelle

avatar 15/10/2017 @ 12:55:03
https://youtu.be/az-_QVyIXn0
C'est surtout celui-là

Tistou 25/10/2017 @ 22:38:09
1) Martin1 : il te faut lire "Un long dimanche de fiançailles". Très beau.

2) Pierrot : pour l'essentiel, le nombre de pieds respecté génère un rythme et une fluidité. Mais certaine "facilité, j'imagine uniquement là pour la rime, tel :

"Enseveli dans les entrailles
De la terre d’un cul-terreux."

nuit, dépare ...

Pierrot
avatar 13/12/2017 @ 11:46:40
Le champ de naviots
L’matin, quand qu’j’ai cassé la croûte,
J’pouil’ ma blous’, j’prends moun hottezieau
Et mon bezouet, et pis, en route !
J’m’en vas, coumme un pauv’ sautezieau,
En traînant ma vieill’ patt’ qui r’chigne
A forc’ d’aller par monts, par vieaux,
J’m’en vas piocher mon quarquier d’vigne
Qu’est à couté du champ d’naviots !
Et là-bas, tandis que j’m’esquinte
A racler l’harbe autour des " sas "
Que j’su’, que j’souff’, que j’geins, que j’quinte
Pour gangner l’bout de pain que j’n’ai pas …
J’vois passer souvent dans la s’maine
Des tas d’gens qui braill’nt coumm’ des vieaux ;
C’est un pauv’ bougr’ que l’on emmène
Pour l’entarrer dans l’champ d’naviots
J’en ai-t-y vu d’pis l’temps que j’pioche !
J’en ai-t-y vu d’ces entarr’ments :
J’ai vu passer c’ti du p’tit mioche
Et c’ti du vieux d’quarter’ vingts ans ;
J’ai vu passer c’ti d’la pauv’fille
Et c’ti des poqu’s aux bourgeoisieaux,
Et c’ti des ceux d’tout’ ma famille
Qui dorm’nt à c’tt’ heur dans l’champ d’naviots !
Et tertous, l’pèsan coumme el’riche,
El’rich’ tout coumme el’pauv’ pèsan,
On les a mis à plat sous l’friche ;
C’est pus qu’du feumier à pesent,
Du bon feumier qu’engraiss’ ma tarre
Et rend meilleur les vin nouvieaux :
V’là c’que c’est d’êt’ propriétare
D’eun’vigne en cont’ el’champ de naviots !
Après tout, faut pas tant que j’blague,
Ca m’arriv’ra itou, tout ça :
La vi’, c’est eun âbr’ qu’on élague …
Et j’s’rai la branch’ qu’la mort coup’ra.
J’pass’rai un bieau souèr calme et digne,
Tandis qu’chant’ront les p’tits moignaux …
Et quand qu’on m’trouv’ra dans ma vigne,
On m’emport’ra dans l’champ d’naviots !
Gaston Couté

Merci à vous.


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