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Forums  :  Vos écrits  :  Briques-à-brac (V)

Lobe
avatar 25/05/2017 @ 22:18:04
Ma boite e-mail, quatre photos, cinq fichiers Excel, sept post-it sur le bureau, 16 PDF, 25 fichiers dans divers logiciels de traitement de texte, 64 onglets sous Mozilla Firefox. Je n’y ai pas cru, j’ai recompté. Soit, je ne devrais plus m’étonne de saturer, de cheminer dans un désert en sable de semoule fine comme celle des meilleurs couscous, dans laquelle mes pédales et mes roues hésitent et calent. Car cela ne s’attaque pas, une hydre à 1+4+5+7+16+25+64 têtes. Non, mieux vaut la laisser en plan au centre de la chambre, s’installer sur le rebord de fenêtre et attendre que le monde craque de part en part. Certes, il le fait, mais trop lentement pour m’aider dans mon affaire. Pas de Deus ex machina cette fois, pas de faille de San Andreas pour s’ouvrir sous mes pieds et avaler mes polycéphales angoisses.

Donc il faudra. Que je trouve en moi les ressources, entre deux insomnies et trois atermoiements. En me disant que les autres y arrivent - ou qu’ils font bien semblant. Inspirer sur six temps, mettre mon sourire en bandoulière comme une stratégie nouille pour ne pas perdre la face. Je suis démunie. Il me manque sans doute le secours imaginaire d'une machette en prolongation de mon bras, qui ancrerait l’assurance que je feins. J’ai bien ce petit couteau suisse, dont l'autre extrémité fait office de sifflet. L’un de ces achats, la veille du départ, pour prétendre être parée à toute éventualité. Achat dérisoire, a dit depuis un Français échevelé en racontant sa nuit dans la forêt.

Comment sous l’orage il perd son chemin. Les trois cerises noires en repas au grand dam de son ventre grondant. Le fameux couteau dont le sifflement atteint à peine les premières ramifications. Les murailles des racines contreforts, elles dessinent un abri de fortune. Le feu qui ne prend pas et le briquet brisé au troisième essai. Alors dans la nuit qui vient, tout se met à vibrer, en une grande cacophonie, un orchestre débraillé. Chaque strate sonore est occupée d’un cri, d’un gargouillis, d’une vocifération animale. Toute une splendide émulation de vie, et l’homme là-dedans, si frêle dans le giron de l’arbre, tremble et perd la notion des heures, voici le jaguar entre les branches avec ses yeux de gypse, et l’araignée se love dans le tendre de son cou. Entre les lignes, la forêt chante tout le contingent de l’humaine existence. Puis elle l’endort contre son gré, et il est pris dans des songes qui ont goût d’humus et d’incertitudes.

Le lendemain il a été recraché indemne, ébranlé ou grandi. Alors depuis ma jungle d’onglets, je retiens mon espoir.

Tistou 04/06/2017 @ 10:49:41
"... depuis ma jungle d’onglets" Comment ne pas sourire !

Foin d'odeur d'humus ou de feulements de jaguar dans cette jungle là. pas moins redoutable pour autant, c'est vrai.
Humeur du moment, humeur chagrine et saturée (et je comprends parfaitement cette humeur en ce moment !) ... Allez avec l'été et le changement de rythme qu'il établit, un ménage va se faire qui te permettra de revoir tout ça d'un oeil différent !
Ah ! Et laisse tomber le couteau suisse ! Un texte sur Vos Ecrits ça défoule aussi bien. Et ça dépasse les frondaisons les plus proches !

Minoritaire

avatar 14/06/2017 @ 11:20:15
Car cela ne s’attaque pas, une hydre à 1+4+5+7+16+25+64 têtes.
A part 5 et 7 ( qui sont premiers), les autres sont tous des carrés. N'y a-t-il pas quelque chose à creuser là-dedans?

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